7 janvier 2012
L’odeur de la papaye verte nous avait brisés le cœur par son intime beauté. Avec La ballade de l’impossible, Anh Hung Tran met ses capacités à saisir le lien entre deux êtres au service d’un projet plus complexe : saisir la seconde où les êtres s’égarent, à l’instant même où ils tentent de se rapprocher.
>> Anne-Christine Loranger
Roman complexe, parfois opaque, La Ballade de l’impossible est à la fois chargée de la mélancolie typique de Murakami et rempli d’abondantes références à la sexualité. Si trois des personnages y trouvent la mort, l’auteur ne s’intéresse pas tant aux conséquences de ces décès qu’à la tension entre les pulsions de vie et de mort, de santé et de folie, représentés ici par les personnages de Midori et Naoko.
5 novembre 2011
Nous avons choisi intentionnellement le titre de notre critique en fonction de son double sens. D’une part, il met en exergue le pari du réalisateur : rendre le plus cinématographiquement possible une pièce du répertoire théâtral contemporain; de l’autre, il reflète le secret bien gardé du personnage principal, énigme qu’on ne vous dévoilera pas. Dans les deux cas, deux regards, deux points de vue qui, par un tour de magie, s’unissent pour produire un film d’une grande beauté narrative et visuelle. Dans ce long processus de création, la rencontre tumultueuse de deux mondes que le pouvoir de la parole finit par unir et apaiser.
>> Élie Castiel

Bashir Lazhar, un Algérien illégal dans la cinquantaine, apprend la tragédie survenue à l’école dans le journal. Il décide alors de se présenter à l’établissement scolaire pour offrir ses services à titre de remplaçant de la défunte. Il sera embauché, mais c’est dans un endroit en situation de crise que Lazhar va devoir enseigner. À sa façon, puisque dès le premier jour, il impose une dictée aux élèves (non initiés) tirée d’un texte d’Honoré de Balzac. Comment s’ajuster aux méthodes d’un enseignant venu d’ailleurs?
14 septembre 2011
Récipiendaire de trois Ours à Berlin en 2011, dont l’Ours d’or, Une séparation passe la société iranienne au microscope, y portant un regard dénué de jugement, mais non de lucidité. Voyage au pays d’un antimanichéisme au parfum de grenade.
>> Anne-Christine Loranger

Un chef des Premières Nations disait que, pour bien comprendre un individu, il faut être capable de marcher quinze minutes dans ses mocassins. L’art de Farhadi réside en ce qu’il fait passer le spectateur d’une paire de babouches à l’autre, lui fait imaginer les non-dits et le force à concocter lui-même son propre cinéma intérieur, ses propres solutions aux dilemmes moraux proposés. La fluidité de son scénario véritablement découpé au laser permet d’explorer en souplesse les ramifications des conflits intérieurs que vivent les uns et les autres et les justifications morales qu’ils se donnent. Suite
5 juillet 2011
Julie Bertucelli tenait à tourner un film sur un arbre. Après avoir cherché à adapter Le Baron perché, d’Italo Calvino, interdit d’adaptation cinématographique par son auteur, elle s’est tournée vers le roman L’arbre du père, de Judy Pascoe. Résultat d’une rare élégance.
>> Anne-Christine Loranger

12 mai 2011
Heidegger au grand écran
Le fait est bien connu : Terrence Malick a tour à tour étudié à Harvard puis enseigné au MIT. Sa connaissance de Heidegger est fine, aiguisée et d’autant plus manifeste qu’il a traduit l’une de ses oeuvres, Le principe de raison. Certains commentateurs ont jugé « improbable et hors sujet qu’il [ait cherché à] illustrer la philosophie de quelqu’un »[1]; d’autres, tout aussi résolus, ont insisté sur l’alliance entre Heidegger et Malick[2]. N’y aurait-il pas lieu maintenant d’adopter une voie mitoyenne, de comprendre le cinéma malickien à l’aune de Heidegger et la pensée heideggérienne, à l’aune de Malick ?
>> Pierre-Alexandre Fradet

Martin Heidegger
Si l’on fait fi de la qualité et que l’on s’en tient à l’ordre du nombre, on sera en peine de rapprocher l’œuvre de l’Américain de celle de l’Allemand. Le corpus du second comporte plus de cent volumes; l’œuvre du premier, quant à elle, ne totalise que quelques titres. Toute nomenclature philosophique ou artistique ne révélant en soi rien de la nature même d’une œuvre, mis à part peut-être qu’elle a été plus ou moins mûrie, ourdie avec soin, méditée, l’idée d’un rapprochement entre Heidegger et Malick ne peut donc être révoquée d’emblée. Par quelle courroie reliera-t-on l’un des plus éminents penseurs du 20e siècle avec un cinéaste dont on a dit, avec un grand à-propos, qu’il sait faire « retrouver la sensation »[3], révélatrice du monde lui-même plutôt que facteur de spectacle ? Tout d’abord, par l’usage particulier qu’il fait de la voix off.
4 mars 2011
Pour la suite du monde
Après trois courts-métrages et un premier opus (Demain), Maxime Giroux réussit largement le pari du deuxième film. Portrait âpre et épuré d’une génération livrée à elle-même, Jo pour Jonathan, empreint d’une poésie sourde et d’une grâce énigmatique, caresse avec violence et tabasse avec émotion.
Texte : Mathieu Séguin-Tétreault

31 décembre 2010
La voix du silence
Le mystère de l’exécution de sept moines français par un groupe islamiste dans l’Algérie des années 90 n’a jamais été résolu. Avec Des hommes et des dieux, primé à Cannes, Xavier Beauvois ne prétend pas révéler totalement les faits. Il se place en dehors des débats et donne voix, dans une sorte de salut posthume, à la confrérie monastique. La clé n’est pas nécessairement celle des armes.
>> Jérôme Delgado

10 novembre 2010
Rééducation empathique
Un jeune, enfermé dans sa chambre, gueule, fracasse des objets contre les murs et se blesse. Cela pourrait arriver dans des appartements, maisons ou résidences particulières. Mais ici nous sommes dans un établissement de rééducation et de réinsertion sociale de la région montréalaise. Après Les 7 Jours du talion, Daniel Grou (Podz) continue de jeter son regard sur la justice et la légalité.
>> Luc Chaput

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