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Tosca

18 septembre 2017

OPÉRA /
CRITIQUE
Texte : Élie Castiel

★★★

RESPECTABLE…
MAIS PAS ASSEZ AUDACIEUX

Il est convenu de rappeler sans hésitation que la Tosca de Maria Callas demeure jusqu’ici la plus magique, tant par la voix de la Diva que par sa performance scénique, faisant de la soporano une véritable tragédienne grecque qui vit son personnage intensément, oubliant le jeu pour simplement « être ».

Des décennies plus tard, la version-2017 de l’Opéra de Montréal reste trop pudique, trop sage dans sa mise en scène, comptant beaucoup sur le décor, certes somptueux et fidèle au temps et lieu de ce beau drame amoureux, mais sans audace ni renouvellement. Si les mouvements des chanteurs/comédiens occupent parfois l’espace avec hésitation, force est de souligner que tous essaient de leur mieux pour s’en sortir.

OP_Tosca

Melody Moore-Wagner et Gregory Dahl (© Yves Renaud)

De l’ensemble de ce casting internationalement diversifié, le baryton Canadien Gregory Dahl se dépasse, tant par sa voix que par sa disposition et son charisme sur scène. Son Scarpia est fort, puissant, cynique et ambitieux, sans morale, et lui, un chanteur/comédien remarquable, souverain.

Le chef d’orchestre Giuseppe Grazioli
dirige adéquatement les musiciens de
l’Orchestre Métropolitain, donnant à la
musique de Puccini son attrait d’autrefois.

José María Condemi (Argentine) et Andrew Nienaber (États-Unis) se partagent la mise en scène, parfois laborieuse, même si des efforts soutenus sont soulignés à grands renforts, du moins le soir de la Première où, cependant, une salle comble est conquise d’avance. Il faut dire que la musique de Giacomo Puccini, romantique, y est pour quelque chose et que la plupart des arias sont connues du grand public. Si le très attendu Vissi d’arte de la Callas donne la chair de poule et demeure légendaire, celui de la soprano Melody Moore-Wagner est simplent respectable, même si les quelques paroles Davanti a lui tremava tutta Roma auraient dû être parlées et non chantées pour rendre le côté tragique et humain de la scène plus intense. Moore-Wagner chante agréablement, mais son jeu est parfois chancelant.

Au pupitre, le chef d’orchestre Giuseppe Grazioli dirige adéquatement les musiciens de l’Orchestre Métropolitain, donnant à la musique de Puccini son attrait d’autrefois. Deux heures de pur enchantement. Et pour l’Opéra de Montréal, un début de saison laissant présager, malgré quelques légères failles, de bons augures.

TRAGÉDIE EN TROIS ACTES | Musique : Giacomo Puccini – Livret : Giuseppe Giacosa, Luigi Illica, d’après la pièce de Victorien SardouMise en scène : José María Condemi, remontée par Andrew Nienaber – Décors : Robert Perdziola – Costumes : Robert Perdziola – Éclairages  : Joe  Beumer – Chef d’orchestre : Giuseppe Grazioli / Orchestre Métropolitain, Chœur de l’Opéra de Montréal – Distribution  : Melody Moore-Wagner (Floria Tosca), Giancarlo Monsalve (Mario Cavaradossi), Gregory Dahl (Scarpia), Patrick Mallette (Angelotti), Valerian Ruminski (Le Sacristain), ainsi que Rocco Rupolo, Nathan Keoughan, Max Van Wyck and Chelsea Rus – Coproduction : Cincinatti Opera, Michigan Opera, Opéra de Montréal
Durée : 2 h 30 (incl. 2 entractes)
Représentations : 19, 21 et 23 septembre / 19 h 30 – Place des Arts (Salle Wilfrid-Pelletier)

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). (Mauvais). ½ [Entre-deux-cotes]

Séquences_Web

It Shoulda Been You

11 juin 2017

THÉÂTRE
★★★ ½

Texte : Élie Castiel

JE T’AIME, MOI NON PLUS

La première partie ne surprend guère. C’est une véritable comédie estivale sur la jeunesse en voie difficile d’entrer dans le monde adulte, sur justement ces adultes qui se comportent parfois comme des enfants, sur le mariage, la famille, l’autorité maternelle, la mère-juive, la mère non-juive, leurs débordements, leurs angoisses, leurs attentes et petis bonheurs qu’elles imaginent.

La jeune fille a aimé un autre homme ; celui-ci l’aime encore, mais il n’est pas certain. Elle est juive et elle est promise à un non-juif. Les deux familles sont compliquées. Surtout celle de la jeune fille. C’est tout à fait naturel. Portrait d’une vraie famille de la classe moyenne occidentale. La peinture est on ne peut plus vraie.

TH_It Shoulda Been You

Betty Kis Marer, Naomi Krajdan, Cheryl-Ann Lilieth, Mike Melino et Justin Muniz – IMAGE : © Andrée Lanthier

Suite

École nationale de cirque 2017

25 mai 2017

ESPACE CIRCASSIEN /
CRITIQUE

L’amour et les extraterrestres
★★★ ½
Texte : Élie Castiel

L’ÊTRE ET LE PARAÎTRE

Didier Lucien a voulu créer intentionnellement un spectacle plus rassembleur, voulant que les amateurs de cirque et les autres se retrouvent dans un espace unique où ils pourraient convoler en justes noces.

Quand Cirque et Extraterrestres tentent de vivre ensemble, il peut se produire des étincelles pas toujours scintillantes, mais se promenant un peu partout au bon gré des artistes et des pièces musicales choisies. Si vers la fin le O mio babbino caro est vite expédié en quelques rapides secondes, sous le rire de quelques spectateurs mal informés de la chose, force est de souligner que les musiques plus commerciales et connues disposaient de plus de temps.

CIR_L'amour et les extraterrestres

Tuedon Ariri© École nationale de cirque / Montréal

Suite

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?

13 mai 2017

THÉÂTRE
★★★★
Texte : Élie Castiel

AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES
OU LA DOUCE SAGESSE DES CLICHÉS

Il est temps d’arrêter de comparer les films adaptés au théâtre pour la bonne raison que ces deux formes de la représentation partagent certains points en commun, mais d’autre part, ont leurs propres codes, exigences,rituels et certaines limites.

David Ospina

© David Ospina

L’adaptation d’Emmanuel ReichenbacH a ceci de particulier qu’elle se démarque par le sens inné qu’il donne au rythme, aux répartiees et à cet instinct communicatif qui consiste à situer les personnages dans des zones d’inconfort propices à la comédie. Le texte de Philippe de Chauveron et Guy Laurent soutient des idées toujours actuelles sur la classe moyenne, toujours prisonnière de ses vieilles idées sur la différence. Comme il s’agit ici de race et de religion, tous sont pareils. Les préjugés existent partout ; soulignons que c’est aussi le cas dans les milieux artistiques et même intellectuels. Suite

Sandeep Bhagwati

12 mai 2017

TÊTE À TÊTE
Questions et transcription
Élie Castiel

« RÉSISTER EST UN ACTE POLITIQUE… »

Le 50e anniversaire de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) complète sa saison 2016-2017 avec Niemandslandhymen, création de Sandeep Bhagwati. De son Inde mystique, en passant par une Europe protectrice d’une musique contemporaine bien ancrée dans la tradition, tout en passant par le Québec, dont la réputation de la SMCQ n’est plus à faire, l’homme de musique a bien voulu nous accorder une entrevue.

Sandeep Bhagwati, pouvez-vous tracer votre parcours musical.
Je suis né en Inde, de mère allemande et de père indien. Et dès l’âge de six ans, on a fait souvent des allers-retour entre l’Inde et l’Allemagne. J’ai étudié la musique dans plusieurs institutions dédiées à cette discipline un peu partout en Europe. Très tôt, j’ai opté pour la musique contemporaine. Après mes études, j’ai travaillé comme chef d’orchestre et comme compositeur. J’ai également fondé plusieurs festivals de musique contemporaine en Allemagne. Au fur et à mesure, je me suis bâtie une carrière qui continue jusqu’à aujourd’hui. En 2006, je me suis intallé au Québec où j’ai été titulaire d’une chaire de recherche en arts inter-x, à l’Université Concordia, c’est-à-dire inter-culturels, inter-disciplinaires. J’ai toujours été intéressé par les moyens d’expession pluriels.

Sandeep Bhagwati

Sandeep Bhagwati

Suite

How top Disappear Completely

8 mai 2017

THÉÂTRE
★★★★ 
Texte : Élie Castiel

KADDISH À LA BIEN-AIMÉE

Il y a quelque chose qui peut nous faire vibrer dans tout acte d’improvisation. Et au théâtre, l’effet et d’autant plus impressionnant que c’est en direct que ça se passe. C’est aussi ce que l’on retient de cette courte pièce à un personnage, que d’autres protagonistes, issus d’extraits vidéo en forme de home-movie, viendront virtuellement partager la scène avec lui.

TH_How to Disappear Completely

© Emily Cooper

Suite

Rosas – Anne Teresa De Keersmaeker

5 mai 2017

DANSE
★★★★
Texte : Élie Castiel

Rain
LA VERTICALITÉ DU GESTE

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© Anne Van Aerschot

Le dernier spectacle de la saison 2016-2017 de Danse Danse est magique, atteint par la finesse et la grâce, une pièce dont la simplicité et le raffinement concilient grand public et connaisseurs ; comme ça devrait l’être.

Tout d’abord une musique enlevante, Music for 18 Musicians, de l’électrisant Steve Reich qui, dès le départ, annonce ses couleurs : rythme, séduction, sensualité. C’est aussi du côté des lumières de Jan Versweyveld  et des costumes de Dries Van Noten : pastel, accents de l’arc-en-ciel, luminosité diurne donnant une atmosphère printanière. Et un décor scénique du même Versweyveld  d’une grande perspicacité, priviliégiant la circularité de l’espace.  Tout cet attirail au profit d’une chorégraphie exceptionnel, Rain, sans véritable thème, simplement créée pour le plaisir de danser. Suite

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