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Bakersfield Mist

6 février 2017

THÉÂTRE /
CRITIQUE
★★★★
Texte : Élie Castiel

SE DIRE LES QUATRE VÉRITÉS

À l’heure du politiquement correct, comportement de plus en plus étendu parmi toutes les couches de la population, notamment occidentales et tous âges confondus, une pièce comme Bakersfield Mist arrive à point et se présente comme une chaleureuse bouffée d’air frais. L’heureux responsable : l’Américain Stephen Sachs, dramaturge, à qui l’on doit, dans ce cas-ci, les dialogues les plus électrifiants et savoureux dans le genre comédie dramatique.

Car derrière ces paroles drôles, ces échanges de gestuelles parfaitement orchestrées entre deux seules comédiens, elle (Nicola Cavendish) et lui (Jonathan Monro), tous les deux conquis par un espace dramatique qui les domine, les pervertit, les rend humains et, mine de rien, les oblige à redéfinir leur vision du monde, un échange dramatique à deux voix, un rendez-vous avec les paradoxes de la vie et avant tout, une rencontre improbable entre deux inconnus venus d’ailleurs.

TH_Bakersfield Mist

Jonathan Monro (assis) et Nicola Cavendish (PHOTO : © Centaur Theatre)

Suite

Noises Off !

4 février 2017

THÉÂTRE /
CRITIQUE
★★★ ½
Texte : Élie Castiel

LES PORTES CLAQUENT

En 1991, l’Américain Peter Bogdanovich adapte à l’écran la pièce du Britannique Michael Frayn, écrite en 1982, toujours sous le titre de Noises Off! (en français, Silence on joue!). Autant la comédie sur scène que le film obtiennent un succès public et critique.

La version-Segal 2017 est un rendez-vous, soyons honnêtes, fort agréable avec le théâtre de l’absurde, de la farce et de la bonne humeur, mais à la sauce-grand public car, contrairement à Ionesco, par exemple, il n’est guère nécessaire de se casser les méninges pour décortiquer ce qui se cache derrière tout ces claquements de portes et de situations grandiloquentes.

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La pièce qui se joue (PHOTO : © Andrée Lanthier)

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Dialogue des carmélites

29 janvier 2017

OPÉRA /
CRITIQUE
★★★★
Texte : Élie Castiel

LE BON DIEU SANS CONFESSION

Contemporain de Georges Bernanos (1888-1948), écrivain français controversé au style romanesque et pamphlétaire qui passe d’un antisémitisme de mauvaise conscience à une dénonciation franche de l’antisémitisme nazi et pétainiste, Francis Poulenc (1889-1963) compose, entre autres, la musique du Dialogue des carmélites, seule pièce de théâtre de Bernanos, inspirée de la nouvelle de Gertrud von Le Fort, La Dernière à l’échafaud (Die letzte am Schafott), marquant le retour du compositeur au catholicisme après la mort, pourtant lointaine, de son père, en 1935.

Auparavant, ses œuvres ne sont-elles pas le résultat d’une vie « marginale » (aujourd’hui, ça se ne dit plus, et c’est tant mieux ainsi !) d’homosexuel bourgeois ? Musique minimaliste au diapason d’une ère musicale moderne qui se distingue par ses abstractions et un sens inné de l’instinct. Les temps changent.

© Yves Renaud

Une histoire de vocation, de foi, de peur de la mort, mais aussi de résignation et sans doute de rédemption (PHOTO : © Yves Renaud)

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Les Ballets Trockadéro de Monte Carlo

20 janvier 2017

DANSE /
ÉVÉNEMENT

Texte : Élie Castiel

LA THÉORIE DU GENRE

Il y a plusieurs années, nous les avions vus à la Place des arts. Leurs numéros sur des classiques de la danse nous avaient impressionnés à tel point qu’on pouvait alors faire la différence entre le Drag Queen Show et leur spectacle, plus sophistiqué.

Avec la nouvelle « Théorie du genre », récemment mise en lumière au plus grand nombre, force est de souligner qu’en les redécouvrant, notre perception ne sera pas la même. Trop de discours sur le thème, de multiples manifestations et des changements en politiques sociales, essentiellement dans les pays de l’Occident, ont eu comme résultat un phénomème qui redéfinit le masculin et le féminin, situant le genre dans les rangs des multiples possibilités. À chacun de trouver son compte et d’évaluer toutes ces radicalisations, le plus souvent bien fondées, mais parfois, à juste titre, déformant totalement les lois de la civilisation. Mais à chaque époque, celle-ci apporte de nouveaux enjeux.

DANSE_Les Ballets Trockadéro de Monte Carlo

Uniquement composée de danseurs masculins, la membres de la troupe imiteront, entre autres, des extraits du Lac de Cygnes, La Esmeralda et Don Quichotte. Dans ce groupe tout à fait original et unique (ils sont de New York), le ridicule camp est détrôné par des mouvements d’une parfaite cohésion; le classique est montré du doigt par des gestes gauches.

Bref, derrière le rire et la dérision, c’est à une sorte de rebellion chorégraphique et à une profonde remise en question de la machine-mâle que nous assistons. Et c’est montré au grand public dans un théâtre dont la réputation n’est plus à faire. Le Drag n’est plus affaire de boîtes dans des quartiers réservés, mais se joint à la masse, question qu’elle s’habitue aux nouveaux courants de la pensée. Jamais l’individu ne faut aussi assailli qu’aujourd’hui devant les choses du sexe. La femme est finalement arrivée à se définir, et c’est tant mieux. L’homme, quant à luit, s’investit davantage pour trouver une âme sincère qui pourra finalement définir sa véritable identité sans leçons de personne.

L’avenir nous dira de quoi sera faite notre société. En attendant… « Sourire, glousser et rire même. C’est la bonne surprise, toujours renouvelée, que nous offrent les «boys newyorkais», experts dans les parodies des grands ballets classiques… sur pointes et en tutu. » lemonde.fr

Les Ballets Trockadéro de Monte Carlo – le 18 février à 20 h et le 19 février 2017 à 15 h / Théâtre Maisonneuve (Place des arts).

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Batsheva Dance Company

DANSE /
CRITIQUE
★★★★
Texte : Élie Castiel

LAST WORK
           CORPS POLITIQUE

Indiscutablement, il s’agit du représentant par exception de la danse moderne en Israël et parmi les plus acclamés à travers le monde. Et pourtant, ce n’est qu’à 22 ans qu’il joint l’univers de la danse, à un âge ou certains sont déjà au beau milieu de leur carrière dans le domaine.

Toujours est-il que Last Work, présenté à Tel Aviv en 2015 se classe parmi une de ses propositions les plus personnelles et discursives. Le corps, ses composantes, ses multiples possibilités. Et puis l’individu, ses limites, son énergie, son rapport organique à lui-même et aux autres.

Batsheva Dance Company

© Gadi Gadon

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2016 revue et corrigée

9 décembre 2016

THÉÂTRE /
CRITIQUE
★★★★
Texte : Élie Castiel

UN CHANGEMENT QUI FAIT DU BIEN

On sent du renouveau dans cette revue annuelle, quelque chose qui se dirige vers un ailleurs à la fois sensible et démesuré ressemblant à une réconciliation avec la vie et la société, nous obligeant à rire, certes, mais d’un rire réfléchi et raisonné. La récréation est finie. Et tant mieux ! Désormais, le spectateur est complice de ce spectacle ponctuel à ne pas rater.

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L’ensemble des comédiens (PHOTO : © François Laplante Delagrave)

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Pourquoi tu pleures… ?

18 novembre 2016

THÉÂTRE /
CRITIQUE
★★★★

 Texte : Élie Castiel

ACCOMMODEMENTS (DÉ)RAISONNABLES

La langue populiste, où sacres et vulgarités, notamment en rapport aux gais, sont de rigueur, s’affronte à un français plus châtié utilisé par le méthodique Roger (sensible et touchant Pier Paquette), souvent pris à partie par son frère Guillaume, d’un machisme jusqu’au-boutiste (excellent Christian Bégin, s’appropriant l’espace comme s’il s’agissait d’un chez-soi). Sur ce point, la pièce du même Bégin ne fait que suivre à la lettre la nouvelle réalité où la prise de pouvoir social d’un populisme qu’on croyait éteint reviens en force, et comme toujours dans ce genre de phénomène, sans s’annoncer.

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L’ensemble des comédiens (PHOTO : © Yves Renaud)

Tout particulièrement, Pourquoi tu pleures… ? est une pièce sur la famille, sur son dysfonctionnement, ses ententes, ses positionnements, ses traîtrises et encore, sur ses accommodements (dé)raisonnables. Suite

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