En salle à Montréal

Ciao Ciao

5 juillet 2018

| PRIMEUR |
Semaine 27
Du 6 au 12 juillet 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
En visite à la campagne chez ses parents, Ciao Ciao ne tarde pas à vouloir repartir à Canton pour monter son affaire avec une amie. Mais les gens autour d’elle ne sont pas du même avis, particulièrement le fils d’un riche fournisseur de contrebande local.

LE FILM DE LA SEMAINE
| Guillaume Potvin |

★★★ ½

YUNNAN BLUES

C’est un verdoiement resplendissant qui accueille Ciao Ciao lors de son retour au village de son enfance. Verts pistache, verts de jade et d’émeraude, tachetés par la terre rouge de la vallée du Yunnan qu’utilise sa mère pour la plantation de tabac familiale. Bien que les paysages environnants soient d’une beauté à couper le souffle, ce travail n’est pas pour le moins ingrat : travailler à la sueur de son front pendant un an à cultiver le tabac rapporte deux fois moins qu’un emploi en ville nous informe la mère de Ciao Ciao.

La perte de repères de son peuple, Song Chuan nous
la montre autant narrativement que visuellement
grâce au travail phénoménal du directeur photo
Li Xuejun qui cadre les personnages de sorte qu’ils
sont dominés par leur environnement et que
l’essentiel de l’action se joue dans les périphéries de l’image.

C’est justement de là que revient Ciao Ciao, la ville : Guangzhou spécifiquement, troisième mégapole de Chine. Comme la plupart des jeunes adultes de son village, elle est partie y vivre pour gagner de l’argent. Qu’importe si cet argent est amassé en travaillant ou en épousant un homme riche, tant qu’elle peut échapper à la vie agricole de ses parents. Mais la ville demeure, autant pour les personnages que les spectateurs, une abstraction idéalisée et reléguée aux hors-champs. On ne peut que l’imaginer à partir de l’influence qu’elle a eu sur nos protagonistes désormais rapatriés au village : Ciao Ciao, la fashionista carburant aux cigarettes qui désire ouvrir une boutique à Guangzhou; Li Wei, fils désabusé du contrebandier d’alcool local qui flambe son argent au jeu et chez les travailleuses du sexe et, pour finir, le coiffeur nouvellement installé dans le quartier, le seul qui semble comprendre les intérêts de Ciao Ciao.

La dynamique de triangle amoureux qui s’installe entre ces trois personnages : un triangle amoureux. Mais sa vision des relations interpersonnelles est on ne peut plus cynique. Dans la Chine contemporaine, elles sont toutes régies par les relations économiques. L’amour et la vie familiale n’y échappent pas. Ainsi, le réalisateur Song Chuan met en relief les bouleversements des mœurs chinoises engendrés par les réformes économiques. L’anachronisme de la ligne du parti, la corruption, la contrebande, l’adultère, le mariage arrangé, tout y passe. La perte de repères de son peuple, Song Chuan nous la montre autant narrativement que visuellement grâce au travail phénoménal du directeur photo Li Xuejun qui cadre les personnages de sorte qu’ils sont dominés par leur environnement et que l’essentiel de l’action se joue dans les périphéries de l’image.

Comme sa protagoniste dépaysée, le cinéaste semble reconnaître difficilement le Yunnan de son enfance lui aussi. À en juger par son utilisation de couleurs ultra-saturées et de musique électronique avant-gardiste qui se mêle aux crépitements des criquets, sa région natale prend des allures de planète extra-terrestre.

 Le cinéaste semble reconnaître difficilement le Yunnan de son enfance

Sortie
Vendredi 6 juillet 2018

Version originale
mandarin; s.-t.f.
Ciao Ciao

Réalisation
Song Chuan

Genre
Drame
Origine
France
Année
2017
Durée
1 h 23
Distributeur
K-Films Amérique

Horaires & info.
@ Cinéma Beaubien

Cineplex

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul / ½ [Entre-deux-cotes]

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