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Sutra

4 mai 2018

Critique DANSE
| Élie Castiel |

★★★★

Le tourbillon magnétique de Cherkaoui

Magique, surprenant, du jamais vu, quelque chose qui a à voir avec la danse et les arts martiaux. Mais cela n’empêche pas les moines du Temple Shaolin, dont un gamin époustouflant, d’un charme irrésistible, d’un professionnalisme à toute épreuve, de conserver une élégance dans leurs gestes et leurs mouvements, sans compter sur leur sens inné de l’humour.

Sutra, c’est en quelque sorte, la virilité « revue et corrigée », remise au goût du jour, selon une nouvelle approche de la vie. La femme est absente, car il s’agit ici d’une mise en perspective de la condition masculine. Tout au long du spectacle, l’émotion est vive, l’esprit libre de toutes contraintes, l’enthousiasme souverain. C’est engageant, spirituel, vif et enjoué.

La mise en scène, parfaitement symétrique, montre un décor de boîtes rectangulaires faites de bois où les danseurs s’infiltrent, essayant de trouver refuge contre un extérieur qu’ils parviennent pourtant à contrôler. Des extérieurs faits de nuances de gris, mais où l’anarchie semble régner. Pour les spectateurs, toutefois, un régal pour les yeux.

Tout au long du spectacle, l’émotion est vive, l’esprit
libre de toutes contraintes, l’enthousiasme souverain.
C’est engageant, spirituel, vif et enjoué.

Des entrées et des sorties pour raconter un monde actuel plongé dans le chaos idéologique, dans les nationalismes opportunistes, dans le racisme aussi, mais que Sidi Larbi Cherkaoui, poète de la danse moderne, attaque par le biais de la chorégraphie, du rapprochement des corps et par le choix musical de Szymon Brzóska, ici, proposant des tonalités agréablement minimalistes qui joignent, par bouts, des connotations plus énergiques, où les percussions dominent pour ensuite redonner la place à des sons plus sereins.

Entre Kung-fu et danse moderne, Sutra s’attire les meilleurs éloges, ce qui veut beaucoup dire dans un monde où culture veut souvent dire « éclectisme ». Sidi Larbi Cherkaoui prouve le contraire en invitant tous à entrer par la grande porte, hospitalière. Pour Danse Danse, une fin de saison 2017-2018 dignement mémorable.

 

Ali Thabet et les Moines du Temple Shaolin (Credit photo : © Andrée Lanthier)

 

SUTRA
Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui – Assistant chorégraphe : Ali Thabet, en collaboration avec Satoshi Kudo, Damien Fournier, Damien Jalet – Création plastique : Antony Gormley – Musique : Szymon Brzóska – Conseillers dramatugiques : Lou Cope, An-Marie Lambrechts – Éclairages : Adam Carré – Interprètes : Ali Thabet et les Moines du Temple Shaolin – Production : Sadler’s Wells –Diffusion : Danse Danse.

Représentations
Les 4, 5, 8 et 9 mai 2018 / 20 h
Place des Arts
(Théâtre Maisonneuve)

Durée
1 h 10 (sans entracte)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]

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