En salle à Montréal

La maison des Syriens

11 mai 2018

| PRIMEUR |
Semaine du 11 au 17 mai 2018

RÉSUMÉ SUCCINCT
À Saint-Ubalde, la petite communauté a accepté d’accueillir une famille de réfugiés Syriens. Mais avant qu’elle n’arrive, les points de vue sur la question diffèrent d’une personne à l’autre. Et pendant ce temps, les Syriens en question se font attendre.

CRITIQUE
| Élie Castiel |

★★ ½

L’ATTENTE

Nous avions aimé Le Cosaque et la Gitane de Nadine Beaudet et un peu moins Nallua de Christian Mathieu Fournier. En équipe, ils signent un documentaire social sur l’attente d’une petite communauté de la région de Portneuf prête à accueillir un couple de réfugiés syriens avec leur enfant.

L’originalité du film tient surtout sur ces journées d’attente, fébriles, alors que règne un enthousiasme communicatif ; mais ces jours sont parfois longs et décourageants dû à un système administratif d’Immigration Canada lent et compliqué. La caméra jette son regard particulièrement sur les préparatifs (maison d’accueil, articles ménagers, meubles, mille et un détails afin que le couple attendu se sente magnifiquement bien à son arrivée), comme s’il s’agissait de préparer les noces d’un parent ou d’un ami proche.

Ce couple en provenance d’une Syrie ravagée, est-il catholique ou musulman ? Au cours d’un conseil citoyen, un des assistants pose la question. Interrogation rapide, réplique tout autant. On ne verra le couple qu’à la toute fin, confirmant une fois de plus l’approche de ce genre de documentaire : filmer une idée, suivre sa gestation, donner aux intervenants de s’approprier la parole, joindre le plus de spectateurs et surtout de téléspectateurs possibles, car le film sera éventuellement diffusé à la télé.

L’originalité du film tient surtout sur ces journées d’attente,
fébriles, alors que règne un enthousiasme communicatif ;
mais ces jours sont parfois longs et décourageants dû à un
système administratif d’Immigration Canada lent et compliqué.

Dans les propos de ce groupe de personnes dévouées bénévolement à une bonne cause, aucun commentaire vraiment significatif sur le conflit dans cette partie du monde, à peine quelques réflexions sur la souffrance d’un peuple démuni, victime d’un dictateur. On croit à leur sincérité d’aider, mais il manque un point de vue, un regard que les deux réalisateurs ne portent pas sur la question et n’essaient pas de persuader les intervenants d’en parler. On suit leurs rencontres, on sourit devant quelques mots spirituels, mais on ne découvre rien d’une journée à l’autre, saut la fragilité de l’espoir.

Parmi ces intervenants, quelques femmes jeunes dans la trentaine qui auraient pu donner un point de vue plus engagé. L’attente est longue et lorsque la réalisation du parrainage devient évidente, tout ce beau monde vit alors dans la joie l’angoisse de la découverte. Ces moments sont fort émouvants.

Et pourtant, en préambule à La maison des Syriens, des cartons nous expliquent l’ampleur de la situation en Syrie. Puis, comme par enchantement, le film change de ton alors que le calme du village et des habitants de Saint-Ubalde s’approprie le temps-écran, comme si entre cette région calme d’un Québec humaniste et chaleureux et le voyage entrepris par le couple, le temps s’était arrêté pour tenter de reconstruire trois vies en devenir.

Sortie : vendredi 11 mai 2018
V.o. : multilingue; s.-t.a. & s.-t.f.
A House for the Syrians

Réalisation
Nadine Beaudet
Christian Mathieu Fournier

Genre : Documentaire – Origine : Québec [Canada] – Année : 2018 – Durée : 1 h 20 – Dist. : Spira Films.

Horaires & info
@ Cinémathèque québécoise

Classement
Tout public

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon. ★★ Moyen. Mauvais. ½ [Entre-deux-cotes]

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