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Les Ballets Jazz de Montréal

7 décembre 2017

CRITIQUE
| DANSE |

★★★★

Dance Me
ÉLOGE DE L’ÉLAN

Élie Castiel

Hommage au légendaire Leonard Cohen, Dance Me n’est que presque cela. Dès les premières secondes du succès Dance Me to the End of Love tant attendu et à peine quelques pas de danse formulés, les spectateurs s’expriment avec un tonnerre d’applaudissements bien nourris. Salle comble, faut-il souligner. Mais c’est à se demander si la majorité d’entre eux n’étaient là que pour le chanteur, les danseurs ou les deux.

Toujours est-il qu’on sentait de la part des artistes sur scène qu’il s’agissait d’un excellent exercice de réchauffement bien orchestré, signé par trois chorégraphes réputés à travers le monde, le Grec Andonis Foniadakis, la Belgo-colombienne Annabelle Lopez Ochoa et le Britannique Ihsan Rustem. Encore une fois, bravo pour la notion de diversité.

© Thierry du Bois / Cosmos Image

© Thierry du Bois / Cosmos Image

Mais avouons que leur Dance Me collectif ressemble à une pause chorégraphique magnifiquement fignolée. Beaux pas de deux respectant la mouvance sexuelle actuelle, fidélité à l’esprit des Ballets Jazz de Montréal, qui prônent le plus souvent les rythmes exaltés, la sensualité, le rapport harmonieux au corps, connivence entre la scène et les spectateurs qui assistent à ce qu’ils s’attendent voir. Mais Dance Me est aussi une belle commande (de la Ville ?) pour marquer le 375e anniversaire de notre chère métropole qui, en matière de spectacles sur scène, n’a absolument rien à se reprocher.

Mais c’est aussi un hommage sincèrement émouvant, peut-être même trop, à une personnalité de la chanson et de la poésie devenue mythe de son vivant, et pendant bien longtemps. Une fois parti et tous les rituels d’usages terminés, force est de souligner que les divers organisateurs de toutes les disciplines de la représentation artistique se démènent du mieux qu’ils peuvent pour proposer des projets – qu’il s’agisse de danse, théâtre, exposition muséale… – et bientôt, ne soyons pas étonnés que le cinéma propose un biopic sur grand écran.

Belle soirée, belle poésie de Cohen, le Juif montréalais
le plus aimé, sans doute pour son ouverture d’esprit,
son éthique de soi et sa morale du monde; et, ultimement,
pour son message d’amour adressé à l’individu universel.

Éric Jean, comme la plupart des metteurs en scène contemporains, opte pour la concision (budget? nouveaux codes de la représentation?). En somme, sobriété des décors, discrétion des éclairages, utilisation appropriée de l’espace scénique; tout ce qui rend l’aventure chorégraphique agréable à regarder.

Pour le connaisseur, ce qui est évident, c’est de constater que les trois chorégraphes invités ont tout fait pour s’intégrer à la vision du directeur artistique des BJM, Louis Robitaille, parmi les chefs de file de la danse moderne contemporaine québécoise. Osmose entre la compagnie de ballet et les maîtres de ballet.

DD_Dance Me 02

© Thierry du Bois / Cosmos Image

Ce que l’on retient aussi de ce spectacle, comme tant d’autres dans le domaine de la danse, et quelle que soient les compagnies, c’est leur ouverture au monde; une tendance à mondialiser le mouvement, à internationaliser la dynamique artistique, à laisser tomber les barrières, tout est là. Unique leçon de créativité, mais en même temps geste politique radical qui consiste à rallier les mentalités et éviter le protectionnisme qui, de nos jours, ne devrait pas avoir droit de cité.

Belle soirée, belle poésie de Cohen, le Juif montréalais le plus aimé, sans doute pour son ouverture d’esprit, son éthique de soi et sa morale du monde; et, ultimement, pour son message d’amour adressé à l’individu universel. Une véritable histoire d’amour chantée et dansée. Il n’est donc pas surprenant que le spectacle se termine par la fameuse chanson que vous aurez devinée : elle date de 1984.

DANCE ME
Chorégraphie: Andonis Foniadakis, Annabelle Lopez Ochoa, Ihsan Rustem – Mise en scène: Éric Jean, assisté de Elsa Posnic – Dir. musicale: Martin Léon – Concept musical: Alexis Dumais – Chansons: Leonard Cohen – Éclairages: Cédric Delorme-Bouchard – Concept vidéo: HUB Studio – Costumes: Philippe Dubuc – Danseurs: Les danseurs des BJ – Production: Danse Danse.

Durée
1 h 20 (sans entracte)
Représentations
Jusqu’au 9 décembre 2017 – 20 h
Place des Arts (Théâtre Maisonneuve)

MISE AUX POINTS
★★★★★ Exceptionnel★★★★ Très Bon★★★ Bon★★ Moyen Mauvais½ [Entre-deux-cotes]

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