Image+Nation 2017

24 novembre 2017

Katharine Setzer
[ RENCONTRE ]

UNE FENÊTRE OUVERTE
SUR LA QUEERTITUDE

Image+Nation a débuté hier avec Call Me by Your Name (Appelle-moi par ton nom), en salle le 22 décembre. Depuis 30 ans, cet évènement a prouvé que les organisatrices avaient de l’imagination à revendre. Contre vents et marées, elles ont réussi à maintenir le bateau à flot, soucieuses que la « queertitude » n’est pas seulement une façon de vivre, mais également un concept politique. Rencontre avec Katharine Setzer, une des têtes pensantes, avec l’incontournable Charlie Boudreau, de cette rencontre cinématographique essentielle, ne serait-ce que pour changer les mentalités.

propos recueillis et traduits de l’anglais par Élie Castiel

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Soirée d’ouverture 2017, à l’Impérial >> © Pierre-Yves Montpetit

À un moment de l’Histoire où l’islamophobie, l’homophobie, l’antisémitisme résurgent et autres types d’intolérances se dressent contre nous, il me semble qu’il n’est guère nécessaire de justifier un tel évènement.
Effectivement. Il y a deux ans, dans notre texte d’introduction, nous avions indiqué que la « queertitude » était non seulement une manière naturelle d’être, mais également un acte de résistance politique. Notamment pour nous, qui vivons en Occident, un endroit sur terre, du moins en apparence, libre.

Cependant, à mesure que les minorités gagnent du terrain et de la reconnaissance, on constate que les mouvements de droite, de plus en plus présents aujourd’hui, réagissent mal à ce changement social. Il est important de préserver nos acquis.
Oui, en effet. Et j’ajouterais que nous devons demeurer vigilants, garder l’œil ouvert sur la montée inattendue de la droite dans ce monde soi-disant libre. Il ne s’agit pas seulement d’une question LGBTQ, mais aussi du droit des femmes et des groupes minoritaires comme les Autochtones, et autres.

Justement, en ce qui a trait à la programmation, depuis quelque temps, le festival nous donne la possibilité de voir des films tournant autour des minorités. Ce sont, en général, des courts ou des moyens métrages.
Je suis d’accord avec votre constat. D’autant plus que ces films sont un acte de courage, de bravoure et particulièrement d’engagement de la part des cinéastes et des sujets filmés qui, selon le pays, risquent énormément. C’est l’un de nos premiers mandats : s’ouvrir sur le monde sans distinction.

Call Me by Your Name

Call Me by Your Name de Luca Guadagnino

D’où une qualité filmique parfois approximative, mais tout aussi audacieuse!
Exactement. Parce que c’est parfois construit dans la clandestinité. Des pays comme l’inde, pour prendre un exemple, ont atteint un niveau économique important, d’où l’émergence d’une classe sociale plus aisée. C’est dans ces classes que le droit à la différence se fait de plus en plus sentir. C’est le phénomène qu’on constate lorsque l’économie se redresse ou se crée.

Sur un autre ordre d’idée, vous avez maintenu un public fidèle, mais semblez avoir un problème à attirer un auditoire plus jeune. N’est-il pas lié au fait que la nouvelle génération LGBTQ ne se pose aucune question sur son identité et, par défaut n’a nul besoin d’exemples?
Oui, c’est une réponse qui me paraît logique. Les jeunes d’aujourd’hui résistent aux étiquettes. Ils se sont affranchis de toute pression sociale et vivent selon des principes éclatés, propres à leur nature. Sans se poser trop de questions.

Et pourtant, certaines étiquettes veulent également dire transgression, lutte, liberté, gains.
Il est difficile de créer et surtout de maintenir un nouvel auditoire. C’est, pour nous, une lutte de tous les instants. Nous proposant constamment de nouvelles formes de stratégies, même sur le plan de la programmation. C’est ce qui explique aussi que nos films forment un mélange de cinéma d’auteur et de produits accessibles. J’ajouterais, néanmoins, que plusieurs films à thématique LGBTQ sont réalisés à travers le monde, et que ce problème d’auditoire jeune et canadien, et encore plus montréalais. Nous devons admettre qu’ici, ce groupe d’âge est totalement insaisissable. Avec le phénomène des réseaux sociaux, nous tentons de réaliser ce que nous pouvons. Et sur ce point, il ne faut surtout pas rater la section « Queerment Québec », réunissant quelques courts métrages faits ici. C’est le lundi 27 novembre, à 19 h, au Centre Phi. Une discussion avec des organismes LGBTQ et autres suivra.

Becks

Becks de Daniel Powell and Elizabeth Rohrbaugh

Une chose qu’on remarque toujours, c’est bel et bien que la représentation lesbienne et moins présente à l’écran.
Oui, c’est tout fait vrai, et sans doute dû au phénomène social selon lequel la femme est vu (et bien souvent par d’autres femmes) autrement que les hommes dans un monde d’hommes. C’est aussi vrai dans le cinéma indie hollywoodien qui est, en général, une machine de production hétérosexuelle, quasi de race blanche, et masculine. Ici, à Image+Nation, nous essayons de demeurer paritaire.

Et comme lieu de projection, l’Impérial, endroit par excellence pour le Grand Écran.
Oui, effectivement; parce que nous croyons fermement que l’expérience cinématographique est un rituel de groupe, comme s’il s’agissait d’une congrégation, d’un rassemblement de personnes avec le même objectif : voir leurs vies illustrées à l’écran. Cette expérience n’est pas du domaine de l’intime, mais du partage et de la solidarité.

Et pour finir, on constate avec joie que les sponsors vous sont restés fidèles.
Dès 1997, certaines compagnies se sont rendu compte que les gais avaient, pour la plupart, de l’argent, qu’ils achetaient, qu’ils dépensaient, qu’ils faisaient souvent des voyages. En somme, qu’ils étaient présents dans toutes les sphères de la vie sociale, économique et politique.

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