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How top Disappear Completely

8 mai 2017

THÉÂTRE
★★★★ 
Texte : Élie Castiel

KADDISH À LA BIEN-AIMÉE

Il y a quelque chose qui peut nous faire vibrer dans tout acte d’improvisation. Et au théâtre, l’effet et d’autant plus impressionnant que c’est en direct que ça se passe. C’est aussi ce que l’on retient de cette courte pièce à un personnage, que d’autres protagonistes, issus d’extraits vidéo en forme de home-movie, viendront virtuellement partager la scène avec lui.

TH_How to Disappear Completely

© Emily Cooper

Même si Itai Erdal nous rappelle dès le début qu’il n’est pas comédien, sans doute nous implorant de ne pas être trop sévère avec lui, force est de souligner qu’il possède la scène avec une déconcertante vitalité, grâce évidemment à la bienveillance de James Long, metteur en scène.

Si du début, émane une certaine impression d’auto-représentation, force est de souligner qu’une fois le drame familial révélé, nous sommes les témoins d’un regard personnel sur la vie, la mort et le sacrifice, sans compter qu’au nom de l’amour, nous sommes parfois prêts à tout. Ici, c’est l’affection d’un fils pour sa mère en phase terminale. Jusqu’à s’éloigner des préceptes de la religion, le judaïsme, pour ne se concentrer essentiellement que sur l’humain.

Après le spectacle, une discussion nous apprendra que l’interprète-documentaire est un Juif laïc ; nous comprendrons alors que le Kaddish dédié à sa mère, Itai le récitera sans porter de kippa. Non pas par provocation, mais pour établir l’abîme irréconciliable entre la religion organisée et la foi individuelle. Car cette prière à la bien-aimée, c’est de la mère qu’il s’agit, celle qui a entretenu entre elle et ses deux enfants, Itai et Ayana, la sœur, une relation de mère, de confidente, d’amie, d’intellectuelle.

Oui, Erdal n’a guère le choix ; il est lucidement
égocentrique, et tant mieux ! C’est de cela que se nourissent les
meilleurs portraits. Ça nous embarrasse, et pourquoi pas ?
Suivre Erdal, c’est suivre son propre chemin parcouru dans le deuil,
qu’il s’agisse de n’importe quel être cher que nous avons perdu.

À travers les images vidéos, les plus troublantes et magnifiques de cette expérience théâtrale assez originale, nous sommes devant la peinture réaliste d’une famille unique, comme on en voit peu, et dont les principaux protagonistes partagent des pensées intelligentes sur la nature humaine et des liens d’affection qui non seulement les unissent les uns aux autres, mais les situe également dans une réalité universelle.

Oui, Erdal n’a guère le choix ; il est lucidement égocentrique, et tant mieux ! C’est de cela que se nourissent les meilleurs portraits. Ça nous embarrasse, et pourquoi pas ? Suivre Itai, c’est suivre son propre chemin parcouru dans le deuil, qu’il s’agisse de n’importe quel être cher que nous avons perdu. Aujourd’hui, Itai vit au Canada, après avoir quitté Israël et parcouru un peu le monde, dont une de ces îles exotiques inconnues (le petit récit métaphorico-érotique avec le poisson géant m’a paru un peu déplacé, et surtout inutile).

La quarantaine, il cherche encore l’âme sœur, la femme qui saura le comprendre et saisir l’intimité de son drame familial. Il y a là, l’écho retentissant d’un cri du cœur. Les noirs, les éclairages que le comédien explique avec un soin appliqué, tous ces éléments techniques se greffent à l’ensemble comme par magie. Car dans How to Disappear Completely, tout n’est qu’une affaire de cœur… ou sans doute de recherche de l’âme occulte.

Séquences_Web

HOW TO DISAPPEAR COMPLETELY
Auteur : Itai Erdal, en collaboration avec James Long, Anita Rochon et Emelia Symington Fedy – Mise en scène : James Long – Éclairages : Itai Erdal – Son : Emelia Symington Fedy – Distribution  : Itai Erdal – Production : The Chop Theatre – Présentation : The Segal Centre | Durée : 1 approx. (sans entracte) – Représentations : Jusqu’au 21 mai 2017 – Centre Segal (Studio).

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel.  ★★★★  Très Bon.  ★★★  Bon.  ★★  Moyen.   Mauvais.  ½ [Entre-deux-cotes]

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