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Bailarinas

4 mai 2017

DANSE
★★★★
Texte : Élie Castiel

Marc Béland + Sònia Gómez
CORPS SANS VOILES

Gómez+Béland

© Stéphane Najman

Elle et lui. D’abord elle, seule sur scène, rendant le silence perceptible grâce à ses moments en espagnols surtitrés dans le fond de la scène, à gauche. Des mots qui ont rapport avec l’art intime de l’improvisation professionnelle. Cette nouvelle danse peut se situer dans la mouvance post-moderne de l’art chorégraphique. Le classique est déjà enterré, l’athlétisme des modernistes est oublié momentanément. La place est donné au corps, mais pas n’importe lequel. La fière catalane Sónia Gómez participe à un rapport ludique avec les spectateurs. L’improvisation côtoie le sérieux avec, comme adrénaline, l’effort et la sublimation du corps et de l’esprit. Ceux-ci ne sont plus des phases interdites, mais au contraire, ils s’expriment dans la logique de l’altérité. Gómez, c’est la déconstruction audacieuse de l’aventure chorégraphique.

Ensuite, l’homme, la cinquantaine passé, les réflexes ne sont plus le mêmes, le rapport à sa propre physicalité se déploie dans une sorte d’essouflement bienvenu qui a avoir avec l’âge. Et c’est bien ainsi, parce que le deuxième tableau est d’une émotion extrême ; Marc Béland, devenu comédien depuis, se rappelle un passé qu’il tente d’exorciser avec ce qu’il connaît par cœur : la danse. Il produit de beaux gestes, fait semblant de se tromper, commet intentionnellement des erreurs et donne un tour de force d’une humilité poignante. Il dialogue avec son corps comme s’il s’agissait d’une entité intellectuelle digne d’intérêt. Corps et âme sont vivants devant nous.

L’improvisation côtoie le sérieux avec, comme adrénaline,
l’effort et la sublimation du corps et de l’esprit.
Ceux-ci ne sont plus des phases interdites, mais au contraire,
ils s’expriment dans la logique de l’altérité. Gómez,
c’est la déconstruction audacieuse de l’aventure chorégraphique.

Et puis tous les deux, s’attachant tendrement l’un à l’autre, l’un contre l’autre, l’un envers l’autre, amicalement, sexuellement, viscéralement, chorégraphiquement. Confirmant ainsi que la danse est une expression en constante voie d’évolution. Et qu’elle permet d’affirmer le corps dans sa quotidienneté, son mystère et sa révélation au monde. Comme deux corps unis en un seul, nus, sans voiles, comme au premier jour. C’est mystérieux, inusité, organique, puissamment ludique et très beau.

Séquences_Web

Idée originale : Sònia Gómez – Chorégraphie : Marc Béland, Sònia Gómez – Danseurs : Marc Béland, Sònia Gómez – Dramaturgie : Alix Dufresne – Musique : Mahler, Ruckert-Leider No. 5, par Christophe Pregardien/Mapale, Pensamiento par Rachel Therrien – Coproduction : Agora de la danse / Mercat de les Flors | Repésentations : jusqu’au 6 mai – Agora de la danse   / Édifice Wilder – Espace danse| Durée : 1 h 10 approx. (sans entracte).

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

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