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Shay Kuebler Radical System Art

20 avril 2017

DANSE
★★★★
Texte : Élie Castiel

Telemetry
UNE FAÇON DE RECRÉER LE MONDE

Si l’on se fie aux règles démocratiques de la danse contemporaine, le corps chorégraphique se fie souvent à des notions scientifiques qui le positionne dans des centres de gravité qui n’ont rien à voir avec le réel vécu.

Avec Telemetry, le maître-danseur Shay Kuebler l’explique dans le programme de la soirée, lui administrant une résonance magnétique qui nous dépasse. La scénographie, sa propre création, est un espace circulaire qui ressemble à une planète parfaitement définie, quelque part perdue dans l’espace, mais qui, le temps d’un spectacle chorégraphique, s’arrêtait sur terre pour redéfinir le temps ; car il s’agit aussi de temporalité dans Telemetry.

Shay Kuebler

© David Cooper

Entre le mouvement chorégraphique et les musiques inquiétantes de BadBadNotGood et Floating Points, le spectacle est une incursion dans l’aventure humaine, celle d’une physicalité qui tente de se placer sur terre, mais qui résiste inlassablement entre deux mondes parallèles, l’espace vierge et infinie, d’où un mouvement perpétuel, et la terre ferme, que les pas mode-flamenco du principal danseur, tentent de stabiliser. Les danseurs/danseuses surgissent de droite ou de gauche pour occuper l’espace dramatique avec, comme but, de vaincre l’équilibre incessamment remué.

Kuebler et ses acrobates confirment ce nouvel âge du
corps dans tous ses états. La sensualité n’est plus sexuelle,
ne se plie plus aux lois de la libido, mais devient une
pulsion hybride, entre le corps et l’espace qui l’entoure.

S’ensuivent des gestes d’ensemble, des pas de deux où s’ajoute un nouveau membre, des changements de personnages. En somme, une orgie rythmique émanant du rituel quasi-religieux qui donne à la danse des pouvoirs mystiques.

L’aérien devient matériel, la grâce se transforme en agression naturelle, ramenant l’humain à sa propre conception. Et autour de lui, un jeu d’éclairage hallucinant de Craig Alfredson et Shay Kuebler qui ne cesse de tourner en rond autour de la scène (et des danseurs) comme si le monde venait de se construire ou mieux encore de se reconstruire.

Effectivement, la danse contemporaine est un soulèvement physique rebelle contagieux. Kuebler et ses acrobates confirment ce nouvel âge du corps dans tous ses états. La sensualité n’est plus sexuelle, ne se plie plus aux lois de la libido, mais devient une pulsion hybride, entre le corps et l’espace qui l’entoure. Une façon comme une autre de recréer le monde. Le futur n’est plus proche de nous. Il nous appartient déjà.

Séquences_Web

Production : Danse DanseCoproduction : The International Chutzpah! Festival ; The Dance Centre and Dance Foundation ; Artspring Theatre ; Vernon and District Performing Arts Centre ; The American Dance Festival | Repésentations : Jusqu’au 22 avril 2017 – 20 h / le 21 avril à 14 h également – Cinquième salle (Place des Arts) | Durée : 1 h 10 (sans entracte).

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]

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