Michel Buruiană| 1953-2017

24 février 2017

HOMMAGE POSTHUME
Élie Castiel
Rédacteur en chef

Michel Buruiana

© Pagine Româneşti

VISSI D’ARTE

Une grande perte. Car dans le milieu du cinéma, la carrière artistique de Michel Buruiană s’étale sur plusieurs décennies, marquées, comme c’est le cas de tous ceux et celles qui y font partie, de hauts et de bas, mais pour lui, dans son for intérieur, plutôt de hauts. Car Michel était un rêveur, qui parfois, par miracle, par intuition, par instinct, ou par n’importe quelle autre raison du destin ou de la chance, parvenait à réaliser ses rêves les plus fous.

En le fréquentant, il déployait une assurance immuable, altière, fréquentable, dans le bon sens du terme, laissant son interlocuteur convaincu de ses paroles . Il y a de ces personnes comme cela dans ce bas monde. Elles nous influencent et le temps d’un mouvement, change nos vies, ne serait-ce que momentanément.

Il collabora à la revue 24 Images des premières heures, celle Benoît Patar, et plus tard rejoint les rangs de Séquences où il brilla par la longueur de ses entrevues. Car pour lui, une rencontre avec des professionnels du milieu était l’occasion de sceller honorablement la mouvance de notre cinématographie nationale et, dans d’autres cas, internationale.

Homme parfois sympathiquement difficile, mais toujours disponible, il a également agi comme impresario d’artistes auxquels il croyait profondément, québécois, canadiens et surtout roumains. Oui, ceux et celles de sa Roumanie natale qu’il aimait d’une passion inaltérable. Je me souviens qu’il avait organisé un Festival de cinéma roumain à l’ancienne salle de l’ONF du Complexe Guy-Favreau et plus tard, si ma mémoire ne me fait pas défaut, au Cinéma Le Dauphin ou Beaubien.

Michel Buruiană nous lègue un héritage moral d’une autre
époque, rare par les temps qui courent : détermination,
exigence, risque, reconnaissance du talent des autres…

Dans le premier cas, ce fut pour moi la découverte d’une production cinématographique nationale inhabituelle, empreinte de nostalgie, de mélancolie, faisant face à l’histoire avec dignité et résilience, mais aussi la révélation de cinéastes préoccupés par le côté esthétique de leur art, fortement influencés par la Nouvelle Vague et le dynamisme formel des pays de l’Est et de l’ex-Union soviétique.

Il n’a pas hésité à inviter le fondateur de Séquences, Léo Bonneville, à une visite culturelle de la Roumanie. Notre ancien rédacteur en chef est revenu ravi de cette expérience dans un pays d’une culture inégalée, et comme on le sait, à l’époque, fortement francophile.

Après plus de quarante ans d’une carrière ininterrompue, faite, comme la plupart des vivants, de coups hauts et de coups bas, maniant, en plus du cinéma, d’autres disciplines  artistiques, Michel Buruiană nous lègue un héritage moral d’une autre époque, rare par les temps qui courent : détermination, exigence, risque, reconnaissance du talent des autres… et surtout l’omnipotent  désir inné que nous tous partageons : ne pas s’arrêter de rêver. Comme la Maria Callas ou la Angela Gheorghiou de Tosca, il n’a vécu que d’art.

sequences_web

2017 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.