En salle à Montréal

1 :54

14 octobre 2016

RÉSUMÉ SUCCINCT
Tim, un élève du secondaire, décide de venger la mort de son ami Francis, qui s’est suicidé suite aux agressions homophobes subies au lycée.

1-54

CRITIQUE
★★ ½
Texte : Julie Vaillancourt

TIM SEMBLE PRÉFÉRER LA COURSE

Le premier long métrage de Yan England a le mérite de poser sa lentille sur un sujet important : l’intimidation au secondaire et la cyberintimidation. Depuis les années 2000, nombre de fictions (Cyberbully, 2011, Charles Binamé) et de documentaires (Bully de Lee Hirsch, 2011) traitent de ce sujet d’actualité et de ses conséquences néfastes. 1:54 n’y fait pas exception, en présentant deux adolescents amis qui réagissent différemment à ce problème.

Si le destin de Francis sombre rapidement dans la tragédie, Tim utilisera l’athlétisme comme exutoire pour littéralement affronter l’intimidateur. La présentation de cette « double façon de réagir à l’intimidation » est une partie intéressante du scénario, d’autant plus que les protagonistes du film vivent cette situation, notamment en raison de leur orientation (homo)sexuelle présumée (ou réelle). Francis et Tim sont victimes de commentaires homophobes, sans nécessairement s’adonner à des gestes homosexuels ou procéder à un coming-out public. Pertinent, car bien que l’homosexualité soit davantage socialement acceptée, la plupart des jeunes LGBT du secondaire ne s’affirment pas : au contraire, plusieurs vivent de l’homophobie intériorisée, des questionnements. Leur différence, assumée ou non, fera d’eux des intimidés potentiels, puisque dès que vous sortez un peu du lot au secondaire, vous vous exposez aux intimidateurs. L’homosexualité ne représente pas le point central du film et le fait qu’elle demeure floue amène une profondeur.

Primé pour son court métrage Moi (2007) et nommé pour l’Oscar du meilleur court Henry (2011) en 2013, Yan England s’est d’abord fait connaître du public québécois à la télévision pour ses rôles d’acteurs et d’animateur dans des émissions jeunesse. Cette proximité qu’il entretient avec le jeune public (cible), semble lui donner une longueur d’avance pour les diriger. Antoine-Olivier Pilon est touchant dans le rôle de l’intimidé. Le tournage, effectué dans deux écoles (Jean-Jacques Rousseau et au CEGEP Edouard-Montpetit) avec des élèves « figurants » jouant leurs propres rôles, confère à l’univers scolaire de 1:54 un côté réaliste (sans pour autant proposer une esthétique documentaire). Au niveau du traitement cinématographique, certains plans de caméra sont plus théoriques qu’émotifs: par exemple, la plongée sur Tim lorsqu’il perd son ami, indique que le personnage est dominé par les événements, mais atténue la possibilité d’identification émotive (voir que le personnage est dépassé par les événements à travers son jeu aurait été ici plus efficace).

En ce qui a trait à l’esthétique et au traitement du thème de l’athlétisme, Sarah préfère la course (Chloé Robichaud, 2013) était plus mûr et accompli ; dans 1:54 on ne sent pas la signature d’auteur d’un premier long métrage. En contrepartie, ce film grand public dresse le portrait réaliste d’un sujet d’actualité dans la vie des adolescents.

 

Sortie : vendredi 14 octobre 2016
V.o. : français ; s.-t.a.
1:54

Genre :  DRAME PSYCHOLOGIQUE  – Origine : Canada [Québec] –  Année :  2016 – Durée :  1 h 42  – Réal.:  Yan England – Int. : Antoine Olivier Pilon, Sophie Nélisse, Lou-Pascal Tremblay, Patricia Godin, Robert Naylor, David Boutin – Dist./Contact :  Séville.
Horaires : Cinéma BeaubienCineplex

CLASSEMENT
Interdit aux moins de 13 ans

MISE AUX POINTS
★★★★★  Exceptionnel★★★★  Très Bon★★★  Bon★★  Moyen★  Mauvais½  [Entre-deux-cotes]  –  LES COTES REFLÈTENT UNIQUEMENT L’AVIS DES SIGNATAIRES.

Séquences_Web

2017 © SÉQUENCES - La revue de cinéma - Tous droits réservés.