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Swan Lake (Le lac des cygnes)

15 janvier 2016

LE GOÛT PRONONCÉ
DE LA TRANSFIGURATION

Texte : Élie Castiel
DANSE
★★★
½

Très certainement, lire la note d’intention de l’artiste Dada Masilo aide beaucoup à apprécier cette version qui se veut délibérément transfigurée du célèbre Lac des cygnes, sur un musique de l’incontournable Tchaïkovski, ici, entouré d’autres personnalités de la musique. Le réputé compositeur russe est ici à la merci d’un dialogue le plus souvent humoristique avec des auteurs qui ont pour nom Steve Reich, Saint-Saëns, René Avenant et l’incontournable Arvo Pärt. Les puristes seront déçus ou tout du moins abasourdis devant un telle liberté de ton et de mouvement. C’est ce qui émane de plus en plus chez les chorégraphes contemporains; cette disposition à déconstruire les classiques afin de satisfaire le plus grand nombre de spectateurs est sans doute une stratégie de marketing; mais en même temps, elle réussit à ce que ce même auditoire puisse s’identifier, reconnaître les mouvements et gestes athlétiques d’aujourd’hui et savoir capter les habitudes de ses contemporains en matière de mouvements et de rapport à l’autre.

© John Hogg

Sur ce point, le dialogue entre les danseurs s’externalise ici par la voie de l’échange, de la coopération et de la prise de conscience scénique. Un décor simple où seul l’espace chorégraphié compte. Quelques moments parlés (qui ont suscité quelques rares sourires, souvent forcés) signés par Paul Jennings tentent d’expliquer autant la démarche sybilline de Masilo que le déroulement du récit.

Aujourd’hui, le prince Siegfried n’est plus amoureux de la belle Odette, mais d’un cygne noir viril et bien équipé. C’est effectivement intentionnel, prouvant jusqu’à quel point l’orientation sexuelle s’affirme aujourd’hui avec éclat, provoquant dans le même temps des élans d’homophobie. Masilo devient ainsi progressiste, revendique le droit à la différence et mutiplie les métaphores chorégraphiques pour illustrer sa thèse.

D’où un débordement de gestes parodiques, de pas classiques bien inspirés, d’approchement de corps sentis, mais dans le même temps, d’un ensemble volontairement confus, se livrant à un exercise expérimental qui va partout et nulle part. Pour mieux défier le regard du spectateur, pour le provoquer afin qu’il puisse sortir de sa torpeur. Pour que finalement, il arrive à voir le monde en face.

Devant une société et un univers médiatique bercés par la perte des valeurs et la violence au quotidien, une chorégraphe comme Dada Masilo parvient à légitimiser l’espoir, même illusoire, d’un futur utopique. Si nous sommes d’accord avec ce constat, son Swan Lake est une œuvre puissamment politique.

Une presentation Danse Danse / Dada Masilo Dance Factory Johannesbourg | Salle Wilfrid-Pelletier (Place des Arts). Jusqu’au 16 janvier 2016 / 20 h | Durée : 1 h.

MISE AUX POINTS
★★★★★ (Exceptionnel). ★★★★ (Très Bon). ★★★ (Bon). ★★ (Moyen). (Mauvais). ½ [ Entre-deux-cotes ]

 

 

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