Recensions

Regards sur le cinéma libanais (1990-2010)

4 avril 2015

Beyrouth, ville ouverte

Denis Desjardins
RECENSION

Regards sur le cinéma libanais (1990-2010)Depuis 1990, les films libanais – au nombre de deux ou trois par année – sont, pour la plupart, produits avec l’aide d’institutions européennes. Les thèmes récurrents sont la guerre, l’exil, l’Histoire du pays. Cependant, comme ce fut longtemps le cas au Québec, le cinéma libanais peine à trouver son propre public qui lui préfère, of course, les productions hollywoodiennes. Heureusement, certains festivals de pays avoisinants (Dubaï, Qatar…) lui ouvrent régulièrement leurs portes. Le mérite du petit livre d’Elie Yazbek, professeur de cinéma à l’Université Saint-Joseph (Beyrouth), est de proposer un survol cinématographique des deux dernières décennies.

L’auteur s’intéresse d’abord à l’œuvre de Ghassan Salhab, « le » cinéaste de Beyrouth, « ville ouverte, suspendue entre paix et guerre ». Beyrouth vue non pas dans une perspective réaliste, mais onirique, voire fantastique.

Dans cette ville plurielle où l’ennemi n’est jamais le même d’un conflit à l’autre, où l’étranger prend de multiples visages, « ville décomposée, troublée, meurtrie », les personnages de Salhab se cherchent une raison d’exister. Que ce soit dans Beyrouth fantôme (1998), où un ancien combattant, sorte de « fantôme en devenir », regagne la ville; ou dans Terra incognita (2002) qui critique l’absurdité de vouloir reconstruire une ville en ruine. Quant au téléfilm Le Dernier Homme (2006), il montre la transformation progressive d’un homme en vampire dans une ville elle-même en pleine mutation : ni Beyrouth, ni ses habitants n’arrivent à mourir et ceux-ci deviennent, malgré eux, fantômes et vampires.

Caramel

Caramel

Après avoir égratigné au passage l’image superficielle et racoleuse donnée de Beyrouth dans les films occidentaux (un « simulacre » de Beyrouth, précise-t-il), Elie Yazbek consacre quelques pages à trois films de Borhane Alaouié, cinéaste dont la notoriété remonte à Kafr kasem, film engagé qui souleva plus d’un débat à sa sortie, en 1974. Pour Alaouié, l’exil semble être l’unique solution s’offrant à un Libanais, un constat pour le moins amer. Yazbek aborde aussi des films traitant directement ou indirectement de la guerre (notamment West Beyrouth, 1998) et de cinéma à thématique historique, sujet particulièrement délicat dans un pays où personne ne s’entend sur le sens de l’Histoire. Les Libanais, selon l’auteur, préfèrent éviter les conflits et se réfugier devant la télé, avec ses humoristes complaisants. Un autre point commun avec le Québec…

L’étude se termine sur quelques courtes analyses consacrées à des films plus intimistes, dont le fameux Caramel de Nadine Labaki1, un rare succès international.

Quoique bref, Regards sur le cinéma libanais est un ouvragequi nous donne vraiment envie de découvrir davantage le cinéma national libanais.

1 Voir critique dans Séquences no 254 (Mai-Juin 2008).

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Élie Yazbek
Regards sur le cinéma libanais (1990-2010)
Paris : L’Harmattan, 2012

78 pages

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