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Les rois du monde

25 mai 2012 / 3 commentaires

>> Sylvain Lavallée

Je l’ai déjà dit plusieurs fois sur ce blogue : je n’ai rien contre le 3D, mais encore aujourd’hui, la meilleure expérience en 3D demeure Citizen Kane, il y a plus de profondeur (visuelle comme thématique) dans n’importe quelle image du chef d’œuvre de Welles que dans tout ce qu’a pu nous offrir jusqu’à maintenant cette (relative) nouvelle technologie. À quoi peut bien servir une image en 3D sans un minimum de profondeur de champ? Qu’essaie-t-on de creuser au juste en appliquant du 3D sur des images sans arrière-plan? Est-ce que les techniciens hollywoodiens (je n’ose écrire artistes) espèrent ainsi approfondir artificiellement une image qu’ils ne savent plus comment mettre en scène en profondeur (les gros plans sans arrière-fond constituant aujourd’hui la majorité du cinéma hollywoodien)? En fait, je devrais dire : je n’ai rien contre le 3D en théorie, mais la pratique n’a rien proposé de bien convaincant jusqu’à maintenant, et quoi de plus désespérant que ces apôtres de la stéréoscopie, principalement James Cameron, Peter Jackson et George Lucas, ne se contentant pas de vanter leurs jouets (le 3D, le cinéma numérique et maintenant le tournage à 48 images/seconde), mais cherchant plutôt à les imposer à tous? David Bordwell en parlait récemment sur son blogue, contrairement aux innovations technologiques apportées par des réalisateurs comme Stanley Kubrick (la steadycam dans Shining, les lentilles de Paths of Glory et Barry Lyndon), ce que propose Cameron, Jackson et Lucas ne va pas multiplier les options pour les cinéastes, cela va plutôt les réduire : aujourd’hui, même si l’on s’obstine à tourner en pellicule, il y a de fortes chances pour que le produit final ne soit distribué que dans un format numérique, la pression exercée par Cameron et cie sur les exploitants de salles est si forte que les conditions de projection ont été altérées au point d’éliminer certaines possibilités esthétiques. Mais quelle sorte d’artiste peut bien essayer de convaincre ses pairs qu’il n’y a qu’une seule manière d’envisager son art, que le progrès ne passe pas par un renouveau esthétique mais par une répudiation des techniques du passé?

The Avengers

Le 3D étant maintenant largement accepté, Cameron et ses copains gearheads (le surnom est de Bordwell) ont changé de cheval de bataille, depuis quelque temps ils s’attaquent au nombre d’images par seconde, 24 n’étant plus suffisant, il faudrait au minimum le doubler (ce qu’a fait Jackson pour The Hobbit), le nec plus ultra étant apparemment 60 images/seconde. Encore une fois, comme pour le numérique et le 3D, cela entraîne des changements importants au niveau des projecteurs, des coûts énormes pour ces exploitants qui voudraient diffuser The Hobbit « tel qu’il a été conçu », une inflation des coûts qui ne fait que commencer puisque bientôt les projecteurs devront s’adapter à nouveau pour le 60 images/seconde, et ensuite pour le prochain procédé stéréoscopique, puis, ça ne tardera pas, la quatrième dimension, etc. Comme le note Bordwell, la majorité des innovations technologiques ponctuant l’histoire du cinéma ont émergé au niveau de la production, ce qui n’entraînait que des conséquences mineures au niveau de la diffusion en salles (un ajustement de la lentille sur un projecteur pour s’adapter au format de pellicule par exemple), et n’entravait donc pas la liberté des cinéastes, au contraire : « When technologies emerge in the production sector, they mostly promise to enlarge the filmmaker’s palette. A 1950s film could be made black-and-white or color, deep-focus or soft-focus, with arc or incandescents, flat or anamorphic, and so on. » Aujourd’hui, même un cinéaste aussi populaire et réputé que Christopher Nolan doit se battre pour ne pas tourner en 3D et continuer à utiliser de la pellicule (évidemment, cette pression du 3D n’existe qu’à Hollywood, mais elle n’en est pas moins regrettable).

L’argument invoqué, toujours, est celui d’une supériorité technique de la nouvelle technologie sur l’ancienne : « You get used to this new look [48 fps] very quickly. . . Other film experiences look a little primitive. I saw a new movie in the cinema on Sunday and I kept getting distracted by the juddery panning and blurring. We’re getting spoilt! » (Peter Jackson, cité par Bordwell) Comment peut-on parler de la supériorité d’une technique sur une autre? S’il faut le rappeler, la valeur d’une technique dépend toujours de l’usage qu’en fait chaque artiste. Jackson préfère le 48 images/seconde, soit, il ne devrait pas empêcher pour autant d’autres cinéastes de vouloir tourner en 24 images/seconde, ou même de revenir au 16 images/seconde du muet. Même chose pour le débat numérique/pellicule, je peux dire que je préfère la pellicule, mais je ne sais pas si elle est « supérieure » au numérique, je dis simplement que je préfère son style visuel, que j’aime ses « imperfections » que Jackson décrie (et je n’ai pas envie d’interdire le numérique à Michael Mann, il l’utilise si bien). De toute façon, selon quels critères peut-on déclarer le numérique supérieur à la pellicule? Meilleure fidélité à la réalité? Ou peut-être qu’un format offre un plus grand éventail de possibilités esthétiques que l’autre (toutes les nuances par exemple entre utiliser une pellicule Kodak ou une Fuji, ou la sensibilité de l’émulsion, ou au contraire toutes les manipulations de l’image facilitées en post-production avec le numérique, etc.)? Ou encore faut-il se demander quel format offre le meilleur contrôle pour le cinéaste sur le résultat final (avec le numérique, l’image sera constante à toutes les étapes)? À moins que l’on parle d’une quelconque supériorité « artistique », à définir autrement? Il faut dire que ces promoteurs de nouvelles technologies ne cachent pas qu’ils s’adressent avant tout aux producteurs de blockbusters, alors peut-être ne parlent-ils de « supériorité » que dans le contexte hollywoodien, comme nous pouvons le lire dans ce pamphlet vantant les mérites du 48 images/seconde : « At just 24 FPS, fast panning and sweeping camera movements that are a critical part of any blockbuster are severely limited by the visual artifacts that would result. . … The “Soap Opera Effect” has been derisively used to describe film purist perceptions of the cool, sterile visuals they say is [sic] brought on by digital. But the success of Hollywood, Bollywood and big-budget filmmakers around the world has little to do with moody art-house films. The biggest blockbusters are usually about immersive experiences and escapism—big, vibrant, high-action motion pictures. » Mais comme remarque Bordwell, même si cette technologie sert avant tout à « améliorer » l’expérience du blockbuster, « all other filmmaking must be dragged along and adjust ». Peut-être que la pression du 3D n’existe qu’à Hollywood, mais la raréfaction de la pellicule, elle, affecte tous.

Alors, qu’est-ce que permet vraiment le 3D, le numérique ou un plus grand nombre d’images/seconde, en quoi est-ce que ces technologies améliorent l’expérience du blockbuster? L’idée, toujours, en est une d’immersion, ou encore de réalisme, ces deux notions semblant interchangeables dans la bouche de Cameron et consorts, comme si pour eux plus l’image photographique est fidèle à la réalité, idéalement jusqu’au point d’être indifférenciable, plus l’effet d’immersion sera puissant. Je l’ai déjà noté quelques fois ici, il n’y a jamais d’immersion totale dans une œuvre d’art, l’idéal prôné par ces gearheads est illusoire : le spectateur est nécessairement conscient de la représentation, dès que le spectateur ne l’est plus, on ne peut plus parler de représentation ou d’art, il s’agit carrément d’une autre réalité. Pour parler d’une œuvre d’art (ou d’un film sans qualité artistique), pour la comprendre et l’apprécier, je dois pouvoir la différencier de la réalité, je ne peux donc pas être complètement immergé dans l’œuvre. De plus, l’immersion n’a rien à voir avec le réalisme de l’image, un film d’animation abstrait en gravure sur pellicule peut être autant ou plus immersif qu’un éventuel blockbuster aux prétentions naturalistes. Un film retient ou non mon attention selon une foule de facteurs, qui ont bien plus à voir avec la qualité de l’œuvre et mes propres prédispositions physiques et psychologiques au moment du visionnement qu’avec la taille de l’écran ou la qualité de l’image. J’ai été plus immergé dans certains films sur ma petite télévision avec des VHS poussiéreux que dans d’autres, vus sur grand écran dans des conditions impeccables. Jackson me dirait : oui, mais l’immersion aurait été encore plus puissante si j’avais vu ces films sur des copies numériques restaurées, et imaginez en 3D! Alors je lui répliquerais que lui et ses amis ne semblent pas comprendre qu’il n’y a rien d’innocent dans l’utilisation du 3D, ce n’est pas un procédé que l’on utilise pour faire « plus réaliste », que l’on peut appliquer indifféremment partout. Et que ce qui m’intéresse dans un film, même merdique, n’a strictement rien à voir avec la « qualité de l’immersion ».

The Avengers

Prenons par exemple ce crime cinéphilique que j’ai commis la semaine dernière en allant voir The Avengers sur un écran bidimensionnel. Le 3D ayant été ajouté en post-production, cette possible « expérience améliorée » ne m’intéressait pas; il faut penser le 3D au tournage, l’inclure dans la mise en scène, sinon le procédé ne devient qu’un gadget encombrant. Et justement, je me demande bien, dans le cas des Avengers, en quoi le 3D aurait pu compléter mon expérience – difficile à dire, bien sûr, puisque je ne l’ai pas vu ce 3D, mais spéculons un peu pour essayer de voir comment le 3D pourrait s’insérer dans mon expérience du film. Commençons par faire dans la critique journalistique pour noter que les dialogues sont drôles, souvent brillants, qu’il y a même un certain goût pour la rhétorique dans les divers échanges sur le pouvoir et la liberté, que le tout est ancré dans des personnages bien définis. On pourrait déjà remarquer que du point de vue de l’immersion, ce qui m’entraîne dans le récit des Avengers, avant tout, ce sont les personnages, mon attachement à eux, ce bon vieux procédé d’identification, bien plus efficace que n’importe quelle dimension surajoutée. Même chose dans la réalisation, efficace dirait la Presse, sachant contraster des espaces et des corps (ça, ce ne serait pas dans la Presse), notamment pour différencier les super héros en divers degrés de lourdeur (ou plutôt de légèreté, même Hulk paraît souple), comportant aussi des gags visuels réussis (ce qui est quand même très rare aujourd’hui, le burlesque est mort), et soulignant parfois par l’image certains thèmes (les héros dispersés enfin réunis à la fin dans leurs efforts au sein d’un long plan continu passant de l’un à l’autre). Encore une fois, on pourrait remarquer que, par exemple, de voir dans le même plan la dynamique entre les différents super héros (pas seulement dans ce long plan, ils apparaissent souvent par pairs) suffit à creuser l’image, à lui donner une profondeur en créant des relations entre les objets à l’écran. Pas besoin de lunette inconfortable donc, il suffit de savoir mettre en scène.

Allons plus loin : comme tout bon blockbuster, The Avengers est d’une richesse thématique inouïe, doublant l’image à l’écran d’images tirées de l’histoire, de l’actualité et de la culture, une autre belle manière, la meilleure quant à moi, d’approfondir l’écran. Comment ne pas voir, dans ce cas-ci, une sorte d’éloge quasi aveugle à la violence spectaculaire, à une force brute destructrice fondant l’autorité des puissants sur les faibles, le tout passant par un révisionnisme historique où les Avengers interviennent dans des reflets d’événements traumatisants réels qu’ils règlent par leur Toute-Puissance démesurée, se substituant ainsi aux autorités afin de se présenter comme la seule solution aux problèmes du monde? Il y a cette scène en Allemagne, par exemple, durant laquelle Loki, dans un accoutrement wagnérien, ordonne à la foule de s’agenouiller devant lui, leur servant le discours usuel du Méchant hollywoodien sur la servitude comme source de bonheur (« The bright lure of freedom diminishes your life’s joy in a mad scramble for power, for identity. You were made to be ruled. In the end, you will always kneel. »), seul un vieil homme ose se lever pour défier ce discours fasciste et ce n’est sûrement pas un hasard s’il a tous les traits d’un Juif. Ce n’est sûrement pas un hasard non plus si ce Juif est sauvé in extremis du Rayon de la Mort par le drapeau américain (on imagine qu’il aurait été réduit en cendres), le bouclier de Captain America, qui répondra aussitôt à Loki : « You know, the last time I was in Germany and saw a man standing above everybody else, we ended up disagreeing. » Difficile, aussi, d’ignorer les nombreuses références au 11 septembre dans les images finales, un autre reflet d’événement historique où les ennemis de la liberté de toutes sortes sont neutralisés par les Avengers, les autorités humaines étant inefficaces devant une telle menace. Une menace, bien sûr, tout ce qu’il y a de plus vague et impersonnelle, des extra-terrestres sans visage, pour que l’on ne se pose pas trop de questions lorsqu’ils sont anéantis violemment par les Bons.

De l’impérialisme guerrier dans un blockbuster américain? Quelle surprise! Mais on ne peut pas en rester là, Joss Whedon utilise ce contexte idéologique déjà très présent dans les précédents films de Marvel avec une certaine ironie, entre autres parce qu’il établit des parallèles trop évidents pour être ignorés entre Loki et les membres des Avengers. Il faut remarquer d’abord que les hommes sont étrangement absents de ce film et ils ne sont représentés que pour s’agenouiller devant les super héros, autant devant Loki (par peur) que devant les Avengers (par respect de leur puissance). Le film présente ainsi un faux discours sur l’individualisme et la communauté : il y a bien une forme de débat puisque tous les super héros suivent un arc narratif les amenant à accepter leur rôle dans la communauté (Iron Man doit se défaire de son narcissisme pour apprendre le sacrifice personnel au nom du bien de la communauté; Captain America, issu d’une autre époque, doit découvrir cette nouvelle communauté pour y redevenir le mythe qu’il était; Hulk apprend à contrôler ses pulsions animales pour les mettre au service de la communauté; etc.), et l’enjeu principal de la narration réside dans ces super-égos devant apprendre à travailler ensemble afin de combattre un Dieu imbu de lui-même. Tous les personnages se situent donc en des points divers sur cet axe individu-communauté, allant du pur narcissisme (Iron Man) au mythe garant de la cohésion de la communauté (Captain America), et les interactions entre ces personnages reposent toujours sur cette question, mais au fond tout ce débat est faux puisqu’il n’y a aucune communauté représentée dans ce film, en tout cas aucune communauté humaine, il n’y a que celle des super héros. L’humanité, elle, est toujours représentée en position de servitude (si seulement elle est représentée, elle n’est qu’une figurante), des faibles s’agenouillant sans résister ou incapables d’agir de leur propre volonté (il n’y a que ce Juif pour exception), obéissant aux Avengers dès que ceux-ci démontrent leurs pouvoirs (il y a une scène éloquente à la fin, un policier remettant en questions les ordres donnés par Captain America, « Why should I listen to you? » demande-t-il, mais il obtempère vite dès qu’il voit le super héros écrabouiller quelques extra-terrestres : le message est clair, l’autorité se gagne par une démonstration de puissance). Entre Loki et les Avengers il n’y a au fond que peu de différence, tous deux asservissent l’humanité à leur façon.

D’ailleurs, à la fin, l’organisation ténébreuse de qui Nick Fury répond laisse clairement entendre que ces Avengers sont dangereux, qu’on ne peut pas les invoquer impunément. Et elle n’a pas tort : ces supposés héros ont laissé Hulk se déchainer, ils ont volontairement libéré cette pure violence destructrice surgie des profondeurs de l’inconscient. « Smash! » ordonne, ou plutôt autorise, Captain America à Hulk, une libération qui n’est pas que jouissive pour le personnage, mais aussi, et peut-être surtout, pour le spectateur, qui est justement venu au cinéma pour se régaler d’un spectacle de destruction massive, le spectateur voyant alors son propre désir d’un spectacle violent prendre les traits de Hulk, comme si l’Amérique n’attendait que cela, une violence trop longtemps enfouie se révèle enfin, un inconscient collectif est mis à jour par ce simple mot si libérateur, ouvrant la dernière phase du film où l’on fait tout exploser pour régler les conflits. Et c’est là, exactement, que l’on peut trouver de l’ironie, en tout cas une distance, Whedon semblant présenter le discours usuel du blockbuster américain à travers des figures littéralisant ce qui est normalement présenté de façon plus oblique, et honorant ainsi l’esprit des bandes dessinées de Marvel, plutôt absent des films précédents puisque ceux-ci tentaient de présenter les super héros dans un contexte « réaliste » qui venait épuiser leur force discursive. Dans le film de Whedon, la réalité est carrément évacuée, elle n’est qu’un décor de CGI attendant sa démolition, les personnages sont donc hors de ce réel, ce qui leur permet de se transformer en figures de rhétorique, en purs concepts qui s’affrontent et se lient afin de mettre à nu ce qui est au cœur même de tout blockbuster américain, ce qui finit par soulever implicitement ce qu’il y a de dangereux dans celui-ci. Alors, s’il n’y a pas de communauté dans ce film, c’est qu’il n’y en a jamais eu dans les blockbusters, elle est toujours factice, elle sert à valoriser le héros, ou plutôt elle n’est qu’une idée, jamais incarnée, au service de la glorification de l’individu.

The Avengers

En quelque sorte, The Avengers est le blockbuster ultime, l’apothéose non seulement des films de Marvel le précédant, mais de tous les blockbusters depuis Jaws, ou plutôt depuis Birth of a Nation, l’un des premiers grands films épiques solidifiant l’identité américaine. En fait, The Avengers est une refonte de la guerre d’indépendance américaine, comme les treize colonies, les super héros doivent joindre leurs forces pour défendre leur liberté, mais contrairement au film de Griffith il n’y a pas de leçon d’histoire ici, il y a plutôt une leçon de cinéma, l’Amérique ne peut plus se solidifier par une connaissance du passé mais par l’usage de nouveaux mythes rejouant ce passé pour nous, donc par le blockbuster en tant que spectacle. Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, que le film est résolument athée (voir par exemple comment Hulk, une représentation de l’inconscient humain, frappe nonchalamment le Dieu Loki, ou le fait que le seul personnage croyant, Captain America, provienne d’une autre époque), c’est qu’il a besoin d’espace pour installer sa propre mythologie, celle de Marvel autant que celle d’Hollywood. Car qui sont les Avengers? Des produits hollywoodiens, bien sûr, une fantaisie illustrant le pouvoir d’Hollywood qui, par son révisionnisme historique, permet de régler tous les problèmes du monde à coup de divertissement spectaculaire; qui d’autre peut nous sauver de la soumission, peut mener pour nous nos combats contre les ennemis de la liberté? Comme Iron Man le dit à propos de Loki, « He wants a parade, flowers, anything that’ll bring in an audience », mais les Avengers aussi ont besoin de ce public, et en ce moment leur domination sur le monde est assurée : avec ces recettes phénoménales au box-office, l’humanité est bel et bien agenouillée devant eux.

Alors, le 3D, qu’apporte-t-il à tout cela? En quoi modifierait-il mon interprétation du film? Avant de commencer à écrire ce texte, je pensais que ma réponse serait : rien, strictement rien, cette lecture idéologique ne repose pas du tout sur la présence ou non du 3D. Ce n’est pas tout à fait faux, mais au travers de l’écriture j’en suis venu à croire qu’en fait le 3D n’avait ici rien de gratuit puisque, à bien y penser, ces Avengers sont une parfaite analogie de Cameron, Jackson et Lucas, ces soi-disant artistes qui disent œuvrer pour le bien de tous, qui pensent préserver la liberté des cinéastes alors qu’en réalité il l’écrase, la communauté n’ayant pas d’autre choix que de s’agenouiller devant ce « progrès » technologique imposé par leurs puissances conjuguées. Le 3D s’inscrit donc parfaitement dans cette logique du blockbuster ultime, comme nouvel outil de domination esthétique. Je ne suis pas sûr, par contre, que ces rois du monde approuveraient un tel usage du 3D.

3 commentaires sur “Les rois du monde”

  1. L’analyse la plus juste(est-ce possible?) ou la plus près de de ce que j’ai pût entrevoir sur l’oeuvre de Malick! Je vous conseil d’y jeter un coup d’oeil ;)

    Écrit par Valely
  2. Il est quand même étonnant que votre analyse du film soit en symbiose avec celle de Jim Emerson! Sous ce verni de coolitude(ironman,scarlet…)se cache donc un putain de profond pessimisme à peine déguisé…
    P.s avez vous lu les article d’un blogueur ayant comme site Niles Files? Je sais que cela fait longtemps mais il me semble que c’est l’analyse la plus juste (est-ce possible?)ou se rapprochant de mes sensations à la vue du film,qui m’ai été donné de lire! Je vous le recommande vivement

    Écrit par Valely
  3. Jim Emerson? Il n’a pas dit grand-chose dans sa critique sur le propos du film, il parlait surtout des aspects visuels, mais peut-être que vous pensez plus à ce qu’il y a dans les commentaires, où j’avais laissé une ébauche de ce que j’ai développé un peu plus ici!

    Merci pour la référence! J’avais lu ce site à propos du Millénium de Fincher, puis j’ai complètement oublié, ça semble très très bien.

    Écrit par Sylvain

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