7 janvier 2012 / Aucun commentaire
L’odeur de la papaye verte nous avait brisés le cœur par son intime beauté. Avec La ballade de l’impossible, Anh Hung Tran met ses capacités à saisir le lien entre deux êtres au service d’un projet plus complexe : saisir la seconde où les êtres s’égarent, à l’instant même où ils tentent de se rapprocher.
>> Anne-Christine Loranger
Roman complexe, parfois opaque, La Ballade de l’impossible est à la fois chargée de la mélancolie typique de Murakami et rempli d’abondantes références à la sexualité. Si trois des personnages y trouvent la mort, l’auteur ne s’intéresse pas tant aux conséquences de ces décès qu’à la tension entre les pulsions de vie et de mort, de santé et de folie, représentés ici par les personnages de Midori et Naoko.
Anh Hung Tran donne la mesure de sa sensibilité en refusant de suivre Murakami dans ses méandres. Plutôt que de suivre la trame du roman de 446 pages à la lettre, il choisit de se concentrer sur la relation entre Watanabe et ses amours parallèles. Plutôt que de chercher à dépeindre le milieu étudiant des années 1960 au Japon, il choisit de montrer les personnages dans ce qu’ils ont d’intemporel et d’universel. Plutôt que narrer une suite d’actions, il se penche sur les liens qui se tissent entre des êtres emprisonnés dans d’épaisses carapaces de non-dit. Plutôt que de narrer les histoires des six personnages principaux personnages, il choisit d’en faire comprendre l’essence. Ce que le cinéaste, finement, nous révèle, c’est que tous ces jeunes, sous leurs dehors de libération sexuelle, ne cherchent que l’amour.
Le film transporte ses personnages dans divers types d’environnements, lesquels portent tous des charges émotives qui leur sont propres. D’abord vus au sein de lieux naturels d’un vert luxuriant, Naoko et Watanabe seront lentement amenés dans des paysages de neige, le blanc représentant le deuil en Asie. L’eau, omniprésente, s’y retrouve sous toutes ses formes : piscine, pluie, neige, marais, rivière, océan. On peut y voir le mouvement de la vie qui entraîne le baigneur au large mais peut aussi le ramener sur la grève, en autant que ce dernier trouve la force de nager.
Les magnifiques images de Mark Lee Ping Bin, soutenues par les bruits de vent, de pluie, de vagues et même de la neige qui tombe, se mêlent à l’impeccable trame sonore de Johnny Greenwood, lequel y a mêlé des mélodies parfois rythmées, parfois lancinantes, toujours justes. Ajoutons que les scènes d’amour, déclinées dans de surprenants clairs-obscurs bleus ou verts, forment un contrepoint raffiné à l’insoutenable mélancolie qui se dégage de la relation entre Wanatabe et Naoko. Malgré sa splendeur, on pourrait reprocher au film d’être juste un peu trop long. Mais juste un peu. Histoire de rester critique… Un poème de Borges, écrit à la fin de sa vie, disait : ‘Des instants. C’est de cela que la vie est faite. Des instants seulement. Ne manquez pas le moment présent’. Ne manquez l’instant. Et ne manquez pas le film.
Texte complet : Séquences (nº 276, pp. 34-35)
NORWEGIAN WOOD / NORUWEI NO MORI | Japon 2010 – Durée : 133 minutes – Réal. : Anh Hung Tran – Scén. : Anh Hung Tran, d’après le roman de Haruki Murakami – Images : Ping Bin Lee – Mont. : Mario Battistel – Mus. : Jonny Greenwood – Son : Tomoharu Urata – Dir. art. : Norifumi Ataka, Tran Nu Yên-Khê (as Yen Khe Luguern) – Cost. : Tran Nu Yên-Khê (Yen Khe Luguern) – Int. : Ken’ichi Matsuyama (Toru Watanabe), Rinko Kikuchi (Naoko), Kiko Mizuhara (Midori), Reika Kirishima (Reiko Ishida), Kengo Kôra (Kizuki),Tetsuji Tamayama (Nagasawa), Eriko Hatsune (Hatsumi), Tokio Emoto (le facho), Takao Handa, Haruomi Hosono, Yukihiro Takahashi, Shigesato Itoi – Prod. : Shinji Ogawa – Dist. : Métropole | Sortie prévue : 17 février 2012.
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