Entrevues

Ricardo Trogi

30 août 2009 / Aucun commentaire

« Je veux exploiter la signature de ma voix en narration »

Ismaël Houdassine

Pour son troisième long métrage de fiction, le réalisateur québécois Ricardo Trogi (Québec-Montréal, Horloge biologique) a décidé de raconter son enfance dans une comédie dramatique remplie de tendresse. Présenté en première mondiale lors de la soirée d’ouverture du Festival des films du monde, 1981 est une œuvre nostalgique sur un coup de foudre de jeunesse. Séquences s’entretient avec le cinéaste.

1981

D’où vous est venue l’idée de faire un film sur votre propre enfance ?

Je voulais faire un tour dans le passé en racontant une histoire avec des anecdotes très personnelles. Lorsque je me suis mis à l’écriture du scénario, j’avais déjà écris 180 pages en deux mois ! C’était beaucoup trop bien entendu, mais c’est dire l’envie de raconter ma jeunesse. Ensuite, j’ai raccourci tout cela et j’ai pris un pari : celui de garder la vérité, qu’importent les enjeux.

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Votre œuvre est donc strictement biographique, n’est-ce pas ?

Tout à fait. 1981 est très proche de moi. J’ai pris plusieurs épisodes de ma vie pour dire quelque chose. Autant d’éléments réels rassemblés dans le long métrage. Même si c’est un film sur le mensonge, il reste que la vérité est essentielle. Je faisais lire le scénario à ma sœur et elle me faisait des commentaires. Elle ne m’a pas donné de conseils. Elle m’a seulement dis, j’aime ou je n’aime pas. Au fond, parler de sa propre vie donne des résultats bien plus originaux. Il y a des scènes que je n’aurai jamais pu inventer si je ne les avais pas vécus. Que cela soit voulu ou pas, le scénariste puise généralement dans ses expériences personnelles.

Pourquoi votre long métrage s’intitule-t-il 1981 ?

Je ne voulais pas d’un titre moraliste. 1981 représente la dernière année de ma préadolescence, une année charnière donc, mais je n’avais pas l’intention non plus de faire un film sur une époque. Ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas poussé la note trop forte là-dessus. Ce qui m’intéressait, c’est de raconter une histoire intime sur mon quotidien, le quotidien normal d’un enfant de 11 ans.

Tout de même, on sent dans votre film la force des années 80’ qui commencent. Qu’est-ce que ces années ont représenté pour vous ?

Je suis passé de 10 à 20 ans au cours des années 80’. J’ai goûté à tout pour la première fois durant cette décennie. Le principe des premières fois, c’est riche et unique. C’est l’époque où tu as le temps d’écouter de la musique, de t’imprégner des choses ou de ne rien faire. Aujourd’hui, par exemple, je n’ai plus le temps de découvrir des groupes musicaux. Pour toutes ces raisons, les années 80’ vont rester longtemps vivantes dans mon esprit.

Vos précédents films ont eu beaucoup de succès en salle. Sentez-vous une quelconque pression pour la sortie de 1981 ?

En fait, c’est beaucoup moins stressant, parce que ce film est complètement différent des précédents. C’est autre chose qu’Horloge biologique ou Québec-Montréal. Ce que je trouverais dommage par contre, c’est que 1981 ne soit pas vu par le public. En racontant mon enfance, je parle aux personnes de ma génération lesquelles j’espère se reconnaîtrons dans mon film.  Et puis, j’ai comme une impression que ça va aller relativement bien, alors je ne me fais pas trop de soucis.

Dans 1981, vous dévoilez des moments assez intimes de votre existence. N’avez-vous pas eu peur d’en dire trop sur vous-même et sur les autres membres de votre famille ?

Tout au long du film, les situations partent du point de vue de l’enfant. Ce qui apparaît dans l’œuvre, c’est ce que je vois en tant que jeune homme. Il faut dire également que 1981 ne révèle pas de drame inavouable ou des secrets de familles. Ce n’est pas non plus un règlement de compte. On me demande souvent si ma famille a vu le film. Ils ont vu quelques extraits, mais non le film en entier. Ils vont le découvrir en même temps que le public. Je vous dirais à ce moment-là s’ils ont aimé ou pas leur représentation.

Le choix des acteurs n’a pas non plus dû être évident puisque les personnages de votre film existent réellement.

Que les acteurs ressemblent physiquement aux membres de ma famille n’était pas une donnée obligatoire. Par contre, il fallait qu’ils aient les gestes et le comportement, surtout en ce qui concerne mes parents. Pour jouer mon père, durant les auditions, les acteurs faisaient tous les clichés de l’Italien qui parle bruyamment avec les mains alors qu’en vrai il est plutôt relaxe et réservé. Je me souviens que je leur disais de ne pas trop en faire. C’est ma mère qui parlait fort à la maison alors qu’elle n’est pas d’origine italienne.

Le jeune acteur Jean-Carl Boucher offre quant à lui une prestation brillante.

Je me sens très chanceux d’avoir trouvé Jean-Carl pour jouer dans mon long métrage. Son talent transparaît littéralement à l’écran. Je me souviens durant le tournage lui avoir raconté un souvenir dans lequel je demandais une paye à mon père. Comme il avait trouvé l’anecdote très drôle, Jean-Carl m’avait suggéré d’ajouter la scène dans le film. Je savais que d’ajouter une telle scène prenait un bon acteur. J’ai donné quelques indications et il a brodé sur le reste. Le résultat a fonctionné. Je trouve d’ailleurs que c’est un des bons moments du film. Sans lui, cela n’aurait pas été possible.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à devenir un réalisateur ?

Je faisais du théâtre en secondaire V et je n’étais pas d’accord avec l’ensemble du texte. J’ai essayé d’en parler au professeur. Il m’a répondu de me mêler de mes affaires. Depuis, je me suis dis que je ne voulais plus vivre une telle situation où je dépends de la décision de quelqu’un d’autre. Quand je ne suis pas d’accord, je bloque. Je suis un créateur, je veux organiser les choses sans personne au dessus de moi. Si cela fonctionne, c’est parce que j’aurai eu raison. Dans le cas contraire, je suis toujours prêt à prendre mes responsabilités. Voilà grosso modo pourquoi je suis devenu réalisateur et avoir ainsi la liberté de porter ses propres projets.

1981 est le premier d’une série de plusieurs films autobiographiques que vous avez l’intention de réaliser.

Je veux exploiter la signature de ma voix en narration. Cette façon directe de parler et de raconter mon histoire. Le but de l’exercice étant de pouvoir narrer un récit en même temps qu’elle prend forme à l’écran. Je ne sais pas combien de films j’ai l’intention de faire avec cette signature, mais il est certain qu’il y aura une suite à 1981 et qu’elle s’intitulera 1987.

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