Événements

Festival des films du monde 2009 | Prise 1

30 août 2009 / Aucun commentaire

Sami Gnaba

L’expérience des festivals est définitivement exigeante, exténuante, et on ne parle pas seulement à un niveau physique. C’est avant tout une question de cinéma à laquelle correspondrait cette exigence. On songe soudainement à cette réplique du film d’Anthony Mann, The Man of the West, dans lequel Gary Cooper, interrogé sur ses projets, annonce à Julie London « je ne sais pas. D’abord attendre et voir ce qui va arriver…»  Les festivals s’apparentent à une sorte de valse tranquille entre deux pôles, entre l’appréhension du moment (ou de l’objet) et son éventuelle concrétisation. Attendre dans l’anticipation des films au résultat souvent variable, un peu comme leur provenance géographique! On y perd comme on y gagne. On s’y émerveille comme on s’y désenchante, devant l’apparition de leur paysage cinématographique.

Sandrine Bonnaire | Joueuse

Sandrine Bonnaire | Joueuse

Nourri par les questions intarissables sur l’amour et l’unité domestique, Joueuse, premier long métrage de Caroline Bottaro, est un joli film sympathique se laissant regarder très volontiers, au son apaisé d’une Corse exotique, pleine de rêveries n’attendant qu’à être émancipées. Mention toute spéciale  au jeu de ses deux élégantes vedettes, Kevin Kline et Sandrine Bonnaire, saisissants dans leurs non dits, méticuleux dans le partage de leur mélancolie et joies passées. Si la réalisatrice a le mérite de ne pas obstruer l’enjeu dramatique de son récit (à travers lequel même un vol de robe de nuit ou un baiser défendu deviennent rédempteurs) par les réflexes habituels de la sentimentalité mièvre, une belle réussite compte tenu qu’elle ne sombre pas dans le mélo soap, on observera malencontreusement chez elle une mise en scène manquant de souffle, camouflée dans sa trop grande timidité et un brin désuète, à l’instar de cette scène dans laquelle les deux personnages se livrent à une partie d’échecs mentale. Si le film s’enlise occasionnellement dans la composition répétitive (comme en fait état le personnage d’Ange par exemple) et l’épaisseur de ses bons sentiments, il lui reste malgré tout l’ardeur de ses désirs, tout comme sa foi dans son personnage principal, Hélène. Un film fragile et tenace à la fois. À l’image de Bonnaire. C’est déjà pas mal.

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Présentée en première mondiale, la coproduction franco-suisse-roumaine, L’Enfance d’Icare, suit les tentatives d’un avocat fauché se livrant à des expériences cliniques dans le dessein de retrouver l’usage de sa jambe, rendue invalide après un accident de moto. Premier long métrage d’Alexandre Iordachescu, le film peine à s’élever au-delà de son formalisme voyant, franchement risible par moments. Son réalisateur a beau nous jouer à outrance ses coquetteries de style, on n’achète tout simplement pas, tant l’ensemble est évacué de toute humanité. Ses producteurs, quant à eux, sentant la bonne affaire (entendre par là opportunisme publicitaire malsain) susciteront peut-être un maigre intérêt en vendant leur produit sous l’étiquette dernier film mettant en scène Guillaume Depardieu. Pour le reste, toutefois, on se désolera devant les dernières traces de photogramme laissées par l’ange Depardieu. À fleur de peau, d’une humanité bouleversante, squelettique, il nous reste que lui, seul dans tout ce tourbillon filmique, pour insuffler à cet ensemble un semblant d’authenticité humaine, alors que tout le reste du casting se voit cloitré à un jeu de surface stérile, unidimensionnel et fade. Dommage.

Dans un tout autre climat, et contexte, on trouve dans L’important c’est de rester vivant une sorte d’assurance artistique indélébile, tellement les images – et la voix– de Roshane Saidnattar s’inscrivent fermement dans l’exercice de la mémoire, par lequel présent et passé s’entrechoquent douloureusement. À mi-chemin entre le documentaire et la reconstitution poético-autobiographique, la réalisation de Saidnattar n’est pas sans évoquer S-21, La machine de mort khmère rouge de Rithy Panh, œuvre imposante portant sur le même sujet. Après les millions de massacres et les traumatismes posés en plein aveuglement utopique par le pouvoir Khmer Rouge au Cambodge, la réalisatrice revient dans son pays d’origine et s’entretient avec le chef théoricien et l’un des principaux acteurs de cette folie Khmère, Khieu Samphân. Notons par ailleurs qu’à aucun moment elle ne lui divulguera ses origines. Après plus de trente ans d’exil, elle y retourne avec à ses côtés, sa mère, témoin de la tragédie, et sa fille, portant approximativement le même âge qu’elle avait quand elle a quitté le Cambodge. Vibrant témoignage sur l’expérience et le traumatisme de la famille Saidnattar, L’important réussit dans ses plus beaux moments à nous faire partager la pleine mesure de cette folie incarnée par le régime meurtrier. D’une part, identifiable chez cet ancien tortionnaire se fourvoyant dans sa parole souvent contradictoire, se leurrant dans son déni (« je n’ai rien vu…je ne savais pas… ») et de l’autre, par le recours aux archives. Cependant, c’est dans les derniers moments, alors que la réalisatrice se filme en train de retourner à son village natal avec sa famille, que l’émotion est à son comble. Irriguée de paroles décousues de la part de ses vieux voisins retrouvés, la séquence finale sera marquée par une rancœur et un regret aussi foudroyants qu’émouvants… Comme le disait si bien l’intellectuel palestinien Edward W. Said : l’exil peut aussi affûter le regard.

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