Entrevues

Ken Scott

13 juin 2009 / Aucun commentaire

« L’important selon moi, c’est de raconter de bonnes histoires »

Ismaël Houdassine

Scénar iste et acteur québécois reconnu, Ken Scott n’avait encore jamais réalisé. Avec Les Doigts croches dont la sortie est prévue pour le 31 juillet prochain, c’est enfin chose faite. Le film raconte un vol qui tourne mal. Pour retrouver l’argent, les cinq brigands (Roy Dupuis, Claude Legault, Patrice Robitaille, Jean Pierre Bergeron et Paolo Noël) doivent entreprendre un périple de 839 kilomètres et changer par la même occasion leur état d’esprit. Un défi de taille, puisqu’il s’agit de transformer des bandits en d’honnêtes hommes.

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Vous avez scénarisé de nombreux films, dont des succès populaires comme La Grande séduction et Maurice Richard. Vous venez de terminer votre premier long métrage Les Doigts croches. La réalisation vous est-elle venue naturellement ?

Tout à fait. Je savais qu’un jour ou l’autre j’allais réaliser un film. Ce n’était qu’une question de temps. L’envie de tourner Les Doigts croches est arrivée au fur et à mesure que j’écrivais le scénario. Je sentais simplement que celui-là était le bon. Le récit idéal en fait pour une première réalisation.

Une histoire de petits bandits montréalais qui doivent changer leur comportement de délinquants s’ils veulent retrouver le magot volé. D’où vous est venue l’idée d’un tel scénario ?

Vous savez, j’écris souvent dans les cafés. Ce sont des endroits propices à mon travail, je m’y sens bien. Un jour, dans l’un de ces cafés, se réunissaient toutes les semaines des membres de Narcotiques anonymes. En écoutant leurs conversations, j’ai appris beaucoup de choses. C’est important pour eux de se livrer, cela fait partie en quelque sorte du processus de guérison. Ils échangeaient des propos intimes. J’ai surtout été impressionné par leur volonté de changer. Un discours qui peut paraître radical, mais qui au final rejoint tout le monde. On a tous envie de changer quelque chose en nous. N’importe quel aspect de notre personne qui peut nous déplaire en somme.

De là, vous avez construit un récit qui transporte vos personnages de Montréal à St-Jacques-de-Compostelle en Espagne.

Ma copine avait déjà fait le chemin de St-Jacques-de-Compostelle. J’ai alors pensé qu’un pèlerinage forcé serait l’occasion rêvée pour les malfrats à revoir leur vie de fond en comble. Le plus difficile, je crois, c’est de changer quand on est obligé de le faire. Les bandits dans mon film ne changeront pas si on ne les force pas. Il fallait donc une raison suffisante pour les convaincre. Le butin qui les attend au bout du chemin est un deal assez alléchant, surtout lorsqu’on est un voleur. Les Doigts croches mélange les genres. C’est à la fois un road movie mais aussi un huis clos. Même si je fais évoluer le récit à travers le mouvement, c’est à dire le long chemin de St-Jacques-de-Compostelle, il reste que les personnages sont pognés ensembles. C’est pour cette raison que dans les plans, on les voit souvent ensemble. En résumé, l’œuvre serait une sorte de huis clos en mouvement.

Les Doigts croches est surtout une comédie. Les personnages ne sont pas pris au sérieux. On va même jusqu’à ressentir de la sympathie pour ses pseudo-criminels.  Est-ce important pour vous que le spectateur puisse se sentir presque solidaire de leur aventure ?

Je ne me pose pas toutes ces questions, mais la comédie dramatique est un genre qui me vient instinctivement. J’avoue aimer raconter des histoires avec une touche comique. Prenez par exemple un film comme La Grande séduction. Un village est sur le point de disparaître. S’ils veulent survivre, les habitants du village doivent séduire un docteur de la ville à venir s’installer chez eux. C’est un drame qui existe dans notre pays. Je pense qu’avec la comédie l’histoire passe mieux et la problématique n’est pas sacrifiée pour autant. Je me souviens qu’à la sortie du film on a beaucoup parlé dans les médias de ce problème. Cela a permis à beaucoup de gens de s’intéresser au sort de ces villages qui meurt dans l’indifférence ou presque. D’ailleurs, c’était assez exceptionnel pour une comédie de voir La Grande séduction sélectionnée à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Je crois que ce propos n’a pas laissé le jury  indifférent. Il a contribué d’une certaine façon à son succès.

Est-ce facile de continuer à travailler sans pression quand on a déjà scénarisé des succès en salle ?

Lorsque j’entreprends un nouveau projet, j’oublie tout. Qu’ils soient des succès ou pas, les films pour lesquels je travaille ne m’empêchent pas d’avoir de nouveaux objectifs. L’important selon moi, c’est de raconter de bonnes histoires. Mon seul souci étant de ne pas me répéter. Mon rôle en tant que cinéaste n’est pas d’avoir du succès, mais de pouvoir amener le spectateur dans des univers qu’il ne connaît pas.

2009 © SÉQUENCES - La revue de cinéma