Critiques

J’ai tué ma mère

21 juin 2009 / Aucun commentaire

J’t'haïs!

Ismaël Houdassine

Étonnant, génial, mature, précoce. On aura tout dit du scénariste-réalisateur-producteur Xavier Dolan mais si peu sur son film J’ai tué ma mère. Auréolé de trois prix obtenus à la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes, le tout jeune cinéaste québécois de 20 ans signe une première œuvre douce-amère.

Un fils qui n'en fait qu'à sa tête

Un fils qui n'en fait qu'à sa tête

Chantal (Anne Dorval) est une mère monoparentale qui a tout pour se faire détester par son fils de 16 ans Hubert (Xavier Dolan). Désabusée, monotone, un brin quétaine, elle vit une existence statique, partagée entre son travail de comptable et son intérêt pour les émissions populaires à la télévision. Hubert est quant à lui bouillonnant de vie. Il aime les extrêmes, les arts et la littérature. Follement amoureux de son amant (François Arnaud), il passe ses temps libres en sa compagnie à fumer le pétard et faire l’amour. La mère et le fils, deux caractères incompatibles.

 De disputes en fausses réconciliations, Chantal et Hubert se supportent de moins en moins. Que se reprochent-ils au fond ? Un fils qui n’en fait qu’à sa tête et dont les résultats scolaires sont calamiteux ou une mère qui ne tient pas ses promesses et qui à chaque occasion abandonne sont fils au bord de la route pour lui apprendre les bonnes manières ? Afin d’en finir avec ce cercle infernal, Hubert décide d’aller vivre en toute indépendance. Il a déjà trouvé un appartement et l’héritage reçu de sa grand-mère l’aidera à payer le loyer sans avoir à abandonner l’école. Mais sa mère est loin d’être rassurée. Il n’en sera pas question. Trop jeune, elle ne laissera pas partir son fils. Une réponse cinglante poussant Hubert à s’enfuir chez l’une de ses professeures (Suzanne Clément) avec qui il partage un point commun : ils ont tous les deux un problème avec la figure parentale.

Entre temps, Chantal apprend par hasard l’homosexualité de son fils et trouve dans sa chambre une caméra dans laquelle Hubert étale sur vidéo son mépris et sa rage. Elle comprend alors le fossé qui les sépare qu’elle perçoit insurmontable. En décidant de l’envoyer en pensionnat, Chantal avoue son incapacité à recoller les morceaux et tant pis si son fils ne lui pardonnera jamais cet exil forcé.

J’ai tué ma mère est une œuvre œdipienne réfléchie, d’une triste nostalgie abordant des thèmes difficiles et complexes. Outre la relation tendue entre une mère et son fils, il y est aussi question d’homosexualité, de rébellion et de ce qu’attend la société d’une femme. En la figure de Chantal, l’actrice Anne Dorval est franchement formidable. Tentant vainement de garder son calme tout au long du récit, elle craque lorsque le directeur du pensionnat reproche son célibat. Un des moments forts du film.

Le reste de la distribution est également très convaincant. Suzanne Clément joue une professeure touchante qui se lit d’amitié avec l’adolescent au risque de perdre son emploi. Ils se font du bien, l’un trouvant du réconfort et de la compréhension, l’autre une véritable libération. La belle-maman « hypercool » Patricia Tulasne n’en fait jamais trop. Idem pour le reste des acteurs (François Arnaud, Niels Schneider, Monique Spaziani) qui même s’ils se font plutôt discrets offrent des prestations honorables faites de légèreté, en totale opposition avec les esclandres de l’adolescent excédé Xavier Dolan. Les dialogues sont bien ficelés et la mise en scène fluide. Le résultat est impressionnant, surtout lorsqu’on sait le peu de budgets alloués pour ce film.

D’inspiration autobiographique, J’ai tué ma mère est une fiction agitée, et somme toute assez verbeuse. Pourtant, le réalisateur étonne quand soudainement une séquence bercée par le silence brise la trame. On sent le savoir-faire. On trouve également ça et là des intermèdes presque oniriques. L’utilisation du noir et blanc lorsqu’Hubert se confesse devant la caméra en gros plan est un contraste réussi et emplit l’œuvre d’une grande humanité. C’est souvent drôle et parfois mélancolique.

Xavier Dolan a construit son long métrage sur une vérité implacable. Tout le monde à un jour détesté sa mère, c’est certain. Une minute, une heure ou une vie, cette haine rejoint nos propres sentiments et l’on ne s’étonne plus de comprendre tant de détestations. Malgré son titre, J’ai tué ma mère est paradoxalement un véritable hommage à la figure maternelle. Oui, la colère, les chicanes, le mépris, l’indifférence, mais chez Dolan tout n’est jamais perdu. Et cet espoir fragile suffit qu’un jour naisse peut-être l’amour.

Canada [Québec] 2009, 110 min. – Réal. : Xavier Dolan – Scén. : Xavier Dolan - Int. : Anne Dorval, Xavier Dolan, François Arnaud, Suzanne Clément, Patricia Tulasne, Niels Schneider, Monique Spaziani -  Dist. : K-Films Amérique.

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